ORGANISATION DES PEUPLES AFRICAINS
Alors que nous allons au pays des Noirs, nous devons faire bon marché de nos orgueilleux préjugés, et considérer la constitution de cette partie de la terre avec la même impartialité que si elle existait seule. Avec autant de raison que nous regardons le nègre comme le descendant de Cham maudit, et comme le type du réprouvé, il pourrait lui-même proclamer ses cruels persécuteurs des Albinos et des Satans de couleur blanche, qui ont ainsi dégénéré par la faiblesse de leur nature, comme vers le pôle nord plusieurs animaux finissent par devenir blancs. « Moi, pourrait-il dire, moi le nègre, je suis l'homme primitif. Moi, le soleil, source de la vie, m'a prodigué ses ardents rayons, c'est autour de moi sur toutes choses qu'il a exercé sa plus puissante influence. Voyez, mon pays renferme l'or et les fruits, voyez ces arbres qui s'élèvent jusqu'au ciel, ces animaux pleins de vigueur ! Tous les éléments chez moi resplendissent de vie et moi je suis le centre de cette activité. » Voilà ce qu'il pourrait dire, et c'est avec discernement que nous voulons porter nos pas dans sa contrée.
UVRS VI. — CHAPiTRE-IT. fSS
Près de l'isthme, notre attention est attirée par une singulière nation, les Égyptiens. Grands, forts, corpulents (ce dont ils doivent rendre grâce au Nil), et avec cela un système osseux grossier et une couleur jaune brun ; sains et féconds ils vivent longteoQps et avec tempérance. Paresseux aujourd'hui, ils ont été industrieux et actifs ; il est visible qu'une nation de cette formation et de cette structure était propre à réaliser les arts si vantés et les institutions des anciens Égyptiens. Une nation plus fière s'y serait difficilement accommodée.
Nous avons peu de renseignements sur les habitants de la Nubie et des contrées plus centrales de l'Afrique; cependant, $*il faut en croire les relations de Bruce, il n'y a sur toutes ces hauteurs aucune tribu noire; il leur assigne comme unique séjour les côtes occidentales et orientales comme les parties les plus basses et les plus chaudes. Même sous l'Equateur, dit-il, il n'y aurait dans ces régions élevées et très pluvieuses que des hommes blancs ou jaunes-bruns. Si remarquable que fût ce fait, pour nous donner le secret de la couleur des nègres, il nous montrerait toujours, ce qui nous intéresse encore davantage, la structure de ces peuples se transformant peu à peu en celle des nègres. Nous savons que les Abyssiniens sont d'origine arabe et que ces deux empires ont été longtemps unis; cependant, si nous pouvons baser notre jugement sur les dessins de Ludolf, combien leurs traits paraissent plus durs que ceux des Arabes et surtout que ceux des habitants plus enfoncés en Asie. On se rapproche, quoique de loin encore de la forme des nègres : les accidents du terrain, tantôt montagneux, tantôt s'abaissant en plaines agréables, la grande irrégularité du climat où régnent tantôt des ouragans, tantôt une chaleur accablante, ou le froid, tantôt le plus beau temps et une foule d'autres causes semblent expliquer ces traits durs et compactes. Dans une autre partie du monde devait se produire aussi une structure différente dont
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le caractère semble être un grand développement des sens, une grande force, et aussi une transition de la structure vers l'extrême, qui est toujours plus animale. La culture et la forme de gouvernement des Abyssiniens est conforme à leur constitution et appropriée à leur pays, c'est un mélange grossier de christianisme et de paganisme, de liberté insouciante et de tyrannie barbare.
Dans la partie opposée de l'Afrique nous connaissons trop peu un peuple correspondant les Berbers ou Brebers pour porter un jugement sur eux. Le séjour de l'Atlas, une existence dure et joyeuse à la fois, leur a conservé la taille élevée, légère, et dégagée qui les distingue des Arabes. Ce n'est donc pas encore du tout la race nègre, pas plus que les Maures, car ces derniers sont un mélange de sang arabe avec d'autres nations ; c'est un beau peuple, dit un observateur récent, aux traits fins, au visage long et arrondi, à l'œil grand et ardent, au nez allongé, mince, point aplati, à la chevelure noire, abondante retombant en tresses, c'est au milieu de l'Afrique une constitution asiatique.
C'est à la Gambie et au fleuve de Sénégal que commencent, à proprement parler les espèces nègres, et ici encore avec diverses transformations successives. Les Jalofs ou Wulufes n'ont pas encore les nez plats et les lèvres épatées des nègres ordinaires. Ceux-ci, comme les Fulis, plus petits et plus agiles, qui, d'après certaines relations, passent leur vie en danse, et dans la plus joyeuse succession de divertissements, ont encore dans leur structure régulière, dans leur chevelure encore peu crépue, dans leur visage ouvert et allongé des caractères de beauté en comparaison des Mandigoers et des tribus nègres qui s'étendent vers le plat pays. C'est donc seulement au delà du Sénégal que l'on trouve les grosses lèvres, les nez camus des nègres qui, avec de grandes modifications à travers la Guinée, le Loango,