‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 110 sur 132 · UVRE VI. — CHAPITRE VI. Î · texte numérisé non relu

UVRE VI. — CHAPITRE VI. Î

se trouve par là même bien diminuée. — En eifet, si les premiers, les plus nombreux habitants venaient d*une seule et même contrée et ont rempli le pays, en s*unissant peu à peu aux nouveaux arrivants, malgré tous les climats, la forme et le caractère des habitants présentera une uniformité sujette à bien peu d'exceptions. Ce qui résulte de tant de relations de TAmérique septentrionale et méridionale, c'est que, nonobstant les grandes distinctions de climats et de peuples qui se séparent souvent par un acte barbare, c'est qu'il règne là une uniformité telle qu'elle n'existe pas même chez les nègres. L'organisation américaine est donc composée d'éléments plus purs que celle d'aucun autre peuple, et le problème ne peut recevoir un commencement de solution certaine que dans les lieux où l'immigration a pu se faire d'abord.

Les peuples dont Gook a visité les côtes, ont une taille qui s'élève de six pieds au dessus de la moyenne, leur couleur est rouge cuivrée, leur figure est à peu près carrée, avec des joues proéminentes et peu barbues ; leur chevelure est longue et noire; la structure des membres est solide, les pieds seuls sont mal formés. Celui qui se rappelle les peuples de l'Asie orientale et des îles environnantes, remarquera trait pour trait la transition insensible. Et je ne borne pas mon observation à une seule nation; car plusieurs probablement et de différentes tribus effectuèrent la traversée; seulement c'étaient des Orientaux, comme leur organisation et jusqu'à leurs imperfections et surtout leurs parures et leurs usages excentriques le prouvent. Embrasserons-nous un jour toute la côte nord-ouest de l'Amérique dont nous ne connaissons encore que les abords, et posséderonsnous de ses habitants des deijsins aussi fidèles que ceux que Gook nous a donnés d'un chef d'Ounalaska et d'autres : cela nous serait d'une grande utilité pour notre explication. On apprendra si plus bas, sur la grande côte qui nous est encore inconnue,

m PHiJU)S«PBlE 9E L'fiifiTOIRE.

il y a eu des établissau^ifts de Japoaais et de Chîaois et <qufiâ rai^rt ce £ait peut avoir avec ce qu^ roa raconte d'uae iiation barbue ief; policée habitait ce4;t6 pontrée. Gertâioemeot les ËepagQola au Dlexiqua seraient le plus à portée de ces décou-^ vertes précieuses, s'ils partageaient avec les deux plus gjrauiKlfis aaations maritimes, les Français e\ les Anglais, leur esprit de conquête .en fkit de sciences. Puissent cependant et le voyage de La^mann et les çfforts des Anglais du Canada, nous apporter qMelqu^ beureuse découvert.

Il est très remarquable qu'un grand nombre de relatioas IM)us Récrivent les notions du nord de l'Amérique comme les plus civilisées. Les Assinipueles so^t renommés pour leur foi^ee^ leur taille élevée et fière, et les Gbristinos pour leur galle pleine d'expansion. — Cependant nous ne connaissons tous ees peuples et en général les habitants des Savanes que par ûes récits imaginaires; ce n'est que chez les Nadowessiens que cohI'mencent Ips renseignements proprement dits. Ces peuples comice les Tsehiwipaers et les Winobagiers nous ont été décrits par Carver, les Tspherakis, les Tschikasahs et les Muskoges par Àdair, les peuples appelés les Cinq Nations par Colden, par Bûgers et par Timbalake^ les peuplades plus septentrionales par les missionnaires français, et au milieu dç la diversité de ces peuples, q^i ne conserve l'impression d'upe constitution domi«pante , d'un aaractère général ? Cette caractéristique se reeoar naît surtout dans leur force saine et bien conservée, dans leur esprit indépendant et guerrier, qu'entretiennent leur genre d^ vie et leurs habitudes domestiques, leur éducation, leur gouvePr nement, toutes leurs occupations et leurs usages en temps de paix et en temps de guerre. Mélange de vices et de vertus unique sur tout le globe !

Et d'pù vient ce caractère? Je pense qu'ici encore beaueoup 4e choses s'expliquent par uqe émigration du nord de ÏÂ^

et par rififiuence du séjour dans une nouvelle partie du monde. Nattions encore grossières et rudes elles firent la traversée; dkus ëtfâent iMtes au milieu des rochers et des tempêtes; nm^ ayant une fbis dépassé la c6te et voyant devant elles uAe eontrée grande, libr^ et plus belle, elles finirent avec le temps par mettre leur caractère en harmonie avec cette nouvella patrie» Dans un pays entrecoupé de grands lacs, de larges fleuves, dans ces forêts, au milieu de ces vastes prairies^ diraient se former d'autres nations que celles qui habitaient sur ce plateau stérile incliné vers la mer. Comme les lacs, les montagnes et les fleuves étaient séparés, les nations aussi se diviisèpent : classes contre çlas3es éclatèrent en querelles ; c'est gipsi que chez ces nations, d'ailleurs paisibles, l'ardeur belli*queuse est devenue un trait général de caractère. Elles se chan* ei^r^nt en peuplades [guerrières et s'identifièrent parfaitement 9y^c le p^y^ qui leur donnait leur grand courage. Ils professent I9 Sotiam^isipe, religion du nord de l'Asie, mais avec des m^igçations nationales. L'air pur qu'ils respiraient, la verdure diÇ )^urs prés et de leurs forêts, l'onde rafraîchissante de leurs lacs et de leurs fleuves, tout cela les caressait d'un souffle de liberté et d'indépendance. Par quelle misérable poignée ;de fllu3se9 toute la Sibérie a été conquise. Quant à ces peuples-ci, ils ont })y^n pu reculer, mais jamais servir.

Conime leur caractère, leur goût singulier dans leur tenue ej^téri^ri^ s'explique aussi par leur origine. Aucune nation i^n Amérique ne porte la barbe ; elles doivent donc être originaires des pays où la barbe est peu abondante, et être restées fidèles à la coutume des ancêtres. Ces contrées sont à l'est do l'Asie. Ainsi donc dans un climat qui devait produire une sève plus abondante, ces peuples haissaimt et haïssent encore la barbe, habitués qu'ils sont à Tépiler dès l'enfance. Les peu«ples du nord d^ l'Asie avaient la t^ ronde, et à l'est la forme

devenait plus carrée; rien de plus naturel que de tenir à ce type primitif et de chercher à le rappeler? Peut-être à leurs yeux l'ovale plus régulier était-il le signe d'une constitution plus féminine : ils employèrent ainsi l'art et même la force pour conserver la figure farouche et comprimée de leurs ancêtres. Les descendants des hommes à tête ronde du nord lui donnèrent la forme ronde comme dans les pays septentrionaux ; d'autres lui donnèrent une forme carrée ou bien enfoncèrent lâ tête entre les deux épaules de manière que le nouveau clinaat ne pût modifier leur taille. Aucune contrée, si ce n'est l'ouest de l'Asie ne nous présente d'exemples de semblables mutilations, et comme nous l'avons vu, là aussi c'était pour conserver le cachet originaire dans des contrées lointaines, dont ils avaient déjà apporté cette habitude avec eux.

Enfin ce qui doit lever tous les doutes c'est la couleur cuivrée des Américains ; à l'ouest de l'Asie déjà la couleur devient rouge brun, et probablement l'air d'un nouveau climat, l'habitude de répandre des parfums sur le corps, et d'autres circonstances contribuèrent à rougir encore la peau. Je m'étonne tellement peu de voir le nègre noir et l'Américain rouge alors que ces genres différents ont habité pendant des milliers d'années les contrées les plus opposées, que mon étonnement serait bien plus grand si sur une terre ronde tout était brun ou blanc comme neige. INTobserve-t-on pas dans l'organisation plus grossière des animaux les modifications que le changement de climat opère même sur les membres? et un changement du corps dans ses proportions et dans toute sa constitution est-il moins étrange qu'une peau plus ou moins colorée.

Après ces quelques réflexions, passons en revue les peuples d'Amérique, et voyons quelles modifications subit leur caractère originaire sans jamais s'effacer.

On dépeint les Américains du Nord petits et forts ; au centre

Page 1