‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 117 sur 132 · LIVRE VII. — CHAPITRE II. 3S · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE II. 3S

extrême vieillesse ils marchent droits comme des cierges ; les enfants savent se tenir debout et marcher avant d*étre âgés d*un an. Quand ils sont fatigués delà conversation ils s'étendent par terre et dorment jusqu'à ce que Tappétit ou la gourmandise les réveille; à peine sont-ils debout qu'on recommence à rire, à bavarder et à plaisanter. Ils passent ainsi leur vie jusqu'au moment où sentant leur fin prochaine, ils se reposent en attendant la mort avec indifférence. Les habitants de l'Europe, ajoute notre missionnaire, peuvent envier aux Californiens cette heureuse existence mais ils ne pourraient en jouir en Californie, si ce n'est toutefois par une indifférence parfaite sur le plus ou moins de richesses, et la soumission aux volontés du Seigneur dans tous les accidents de la vie. »

Je pourrais poursuivre ainsi et donner la description climatérique des divers peuples depuis les Ramtschadales jusquaux habitants de la Terre de Feu; mais à quoi bon des descriptions écourtées alors que dans toutes ies relations des voyageurs qui voyaient bien et savaient observer les hommes, chaque trait de leurs descriptions peint le climat. Aux Indes ce vaste marché des nations commerçantes, l'Arabe et le Chinois , le Turc et le Persan, le chrétien et le juif, le Malais et le nègre, le Japonais et le Gentou se distinguent facilement ; sur les plages même les plus lointaines chacun emporte avec lui le caractère de son climat, et sa manière de vivre. Adam, dit l'ancienne et symbolique tradition, fut formé de poussière des quatre parties de la terre, il fut animé par le soufHe et l'esprit du monde entier. Partout où ses fils s'établirent depuis des milliers d'années, ils prirent racine comme des arbres et produisirent des feuilles et des fruits conformes à ce climat. Tirons de tout ceci quelques conséquences sans lesquelles nous devrions laisser sans solution plus d'un problème intéressant de l'histoire du genre humain.

3MI PHLOSÛPHIE DE L'aiSTÛIRE.

Bt d'abord , pourquoi tous les peuples sensuels formés sous riufluence d*une eontrée sont-ils si attachés à leur sol et s*en trouvent-ils pour ainsi dire inséparables? La conformation de leurs corps, leur habitude de vivre, tous les plaisirs» toutes les Qcoupations de leur enfance, leur âme elle-même , tout ehes eux a reçu Tempreinte du climat, tes sépare-t-on de leur pays on leur a tout enlevé.

« Dans la trisle histoire des six Groënlandais, raconte Cranz, que Ton ramena en Danemark lors du premier voyage , pn a vu, malgré le bon accueil qu'on leur fit et malgré le stockfisch et la graisse de phoque qu'on leur prodigua, ces malheureux souvent tourner en gémissant leurs regards ajttristés vers le nord, leur patrie, et enfin prendre la fuite dans leurs kajake&. La violence du vent les jeta sur la côte de Schonen et ils furent ramenés à Copenhague où bientôt deux d'entre eux moururent de chagrin. Des quatre derniers deux prirent encore une tois la fuite ; un seul fut ramené ; on remarqua qu'il pleurait amèrement chaque fois qu'ilvoyait un enfsmt au seia de sa mère (on en conclut qu'il était marié et père, car on ne pouvait ni les interroger, ni les préparer au baptême). Les deux derniers ont vécu dix ou douze ans en Danemark et flirent employés à Coldingen à la pêche des perles ; l'hiver fUt pour eux tellement rigoureux que l'un mourut et que l'autre , ayant pris ta fuite, fut rejoint à quarante milles de la terre, mourut enfin de char grin. Tous les signes de la douleur humaine sont impuissants à exprimer la violence du désespoir du nègre vendu ou enlevé, quittant pour ne jamais la revoir sa terre natale. « On doit veiller attentivement, dit Rœmer, à ce que ni dans le port, ni dans le navire les nègres ne se saisissent d'un couteau, (k^ a suffi* samment à faire pendant le trajet en Amérique, à leur Goase^ ver leur bonne humeur. C'est pourquoi on se munit d'instruments de musique, tels que des lyres, des tambours, des flute^i

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