‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 125 sur 132 · LIVRE VU. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE IV

ties échapperaient-elles à l'observation, et ne pourrait-on les ranger en un alphabet comme des lettres? Jamais ces lettres ne seront parfaites, car ce n'est là l'alphabet d'aucune langue ; mais l'étude de la nature humaine sous ses principales formes trouverait, dans l'examen de la statuaire vivante, un vaste champ d'observations. Il ne faudrait pas se borner à l'Europe et encore moins prendre pour type de beauté et d*îdéal nos peuples, mais suivre la nature animée sur le globe entier et rechercher comment ici et là elle se découvre diversement, mais toujours tout entière et conforme à elle-même : sans aucun doute , de remarquables découvertes sur l'agencement et l'accord des forces vivantes dans la structure humaine seraient la récompense de telles recherches. Oui, peut-être Fétude de l'harmonie des formes humaines nous conduirait-elle plus loin que les recherches si souvent tentées, mais toujours ingrates, sur les complexions et les tempéraments. Les observateurs les plus sagaces n'allèrent pas loin dans cette voie, car ils n'avaient pas à leurs dispositions tous les signes nécessaires pour noter la grande diversité des objets (1).

2. Comme dans une telle histoire symbolique de la formation et des modifications de l'espèce humaine, la physiologie porterait partout son flambeau, on découvrirait à chaque pas des signes de la sagesse de la nature qui, dans sa bonté, crée et change les formes de mille façons. Pourquoi, par exemple, a-t-elle répudié certaines unions? Dans le seul but de rendre plus parfait et de conserver plus pur le type particulier qu'elle avait en vue. Nous ne savons pas dans quels rapports de parenté peuvent avoir été primitivement les diverses espèces d'animaux; mais ce que nous voyons, c'est qu'il y a

(1) Cette matière est traitée avec beaucoup de clarté par Mezger, dans ses Écrits divers, 1. 1. Voyez iaïussi Platner et quelques autres, qui ont traité cê sujet avec un mérite incontestable.

5i4 PHILOSOPHIE DE l'hISTOIRE.

aujourd'hui entre elles des différences organiques. A Tétat sauvage, on ne voit jamais d'accouplement contre nature ; et lorsque l'art de l'homme ou la luxure que ressentent les animaux apprivoisés, modifie les unions naturelles, les forces invincibles de la nature savent résister à des alliances incestueuses. Ou bien elles sont stériles, ou bien la bâtardise ne se transmet que dans les générations les plus proches. Oui, même dans cet abâtardissement, il n'y a que la surface de la créature qui soit affectée, de même que nous l'avons remarqué quand il s'agit de l'homme. Si le type intérieur essentiel de la structure eût été soumis aux transformations, pas un être vivant ne se fût conservé dans sa pureté. Ainsi ni centaure, ni satyre, ni Scylla, ni Méduse ne peuvent se reproduire d'après les lois intimes de la nature créatrice et du type originel.

3. Enfin le moyen le plus parfait par lequel la nature a réuni dans les unions la variété à l'uniformité, c'est la création par l'accouplement d'êtres de deux sexes. Quel mélange animé et délicat des traits des parents dans ceux de l'enfant! on dirait que leurs âmes se sont versées dans la sienne et que les mille forces de l'organisation soient devenues son partage. C'est une vérité commune que les maladies et les traits, et même les penchants et les inclinations, se transmettent; et quelquefois, chose étrange, dans le courant des générations on voit surgir des individus qui sont la fidèle image des parents depuis longtemps disparus. Ce qui est aussi incontestable, mais bien difficile à expliquer, c'est l'influence de l'état du corps ou de l'esprit de la mère sur l'enfant qu'elle porte encore dans son sein, et dont plusieurs individus conservent la triste preuve pendant toute leur vie. — La nature a donc fait converger deux courants vitaux, pour donner à l'être à venir la plénitude de la force qui, combinant le caractère des parents, pût subsister par elle-même. Plus d'une race affaiblie a été relevée par une mère

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