LITRE I. — CHAPITRE H
et méridionale est bien divisée par de hautes montagnes » mais elle n*6st partagée par aucune mer. La mer Caspienne, reste de l'océan primitif, s*étend seule au pied du Caucase. C'est là surtout qu'on reconnaît la trace des traditions et qu'on pourrait les expliquer par des traditions plus récentes , tirées de cette contrée ou d'une autre. Là tout a poussé de profondes racines : la religion, le respect filial, le despotisme l Plus nous approchons de l'Asie, plus ces trois principes ont, depuis une plus haute antiquité, imprimé leur empreinte sur les coutumes locales et se sont répandu dans tout le sud de FAsie, malgré toutes les oppositions que présentent ces contrées. Les nations du nord, qui en sont séparées par de hautes montagnes, ont des formes différentes, mais cependant l'en* semble est marqué d'un cachet uniforme malgré la diversité des nuances. La Tartarie, la contrée de la terre qui présente la plus grande étendue , fourmille de nations de races différentes et jouissant toutes d'un degré à peu près égal de civilisation , car aucune mer ne s'interpose entre elles, et toutes elles roulent sur un grand plan incliné au nord.
A côté de cela, voyez quelles différences bien tranchées ont été produites par la mer Rouge, quelque petite qu'elle soit! Les Abyssiniens sont d'origine arabe, les Égyptiens sont une nation asiatique et les mœurs et les croyances des deux rivages n'ont aucun point de commun. Les mêmes phénomènes se rencontrent dans la partie la plus basse de l'Asie. Le golfe Persique, combien ne sépare-t-il pas les Arabes et les Persans ! Combien n'est-il pas facile de distinguer les Malais des peuples de Camboge, dont ils ne sont séparés que par le petit golfe de Siam ! Les mœurs des peuples de l'Afrique ne diffèrent que très peu les unes des autres, car aucune mer, mais seulement des déserts les sépare , ainsi que tout semble l'indiquer. Aussi les nations étrangères ont -elles été moins capables d'agir sur eux
et pour nous, qui avons pénétré presque partout, cette vaste partie du monde nous est presque entièrement inconnue, et cela parce que la mer ne la morcelé pas et parce qu'elle se cache au delà d'espaces immenses. Si tant de petites nations peuplent l'Amérique, n'est-ce pas parce qu'elle est hrisée et coupée dans tous les sens par des rivières, des lacs et des montagnes? Elle est d'ailleurs par sa situation même de toutes les terres la plus accessible à l'intérieur : composée de deux péninsules, unies seulement par un petit isthme près duquel une baie profonde forme un archipel : ce n'est pour ainsi dire qu'un rivage qui s'étend d'un pôle à l'autre, ce qui fit qu'elle devint une proie facile pour toutes les puissances maritimes de l'Europe et qu'elle servit souvent d'enjeu dans leurs guerres. Cette situation nous fut favorable à nous autres pirates européens, mais elle fut des plus nuisibles aux anciens habitants dont elle empêcha le développement. Des lacs, des rivières, des montagnes escarpées et des précipices les isolaient trop les uns des autres pour que la civilisation d'une contrée ou le vieil esprit de la tradition de leurs ancêtres put s'établir et s'étendre sans obstacle comme dans l'Asie.
Pourquoi l'Europe se distingue-t-elle par la variété de ses nations, de ses coutumes, de ses arts et surtout par l'influence qu'elle a exercée sur toutes les parties du monde ? Je n'ignore point qu'il y a à cela une combinaison de causes que nous ne pouvons établir ici séparément ; mais il est physiquement incontestable que la configuration de son territoire, coupé dans tous les sens, a été une des causes accidentelles qui y a le plus contribué. Lorsque, à des époques et par des chemins différents, les peuples de l'Asie, s'avancèrent vers l'Europe, que de baies et de golfes, que de rivières dont le cours était varié, que de collines entremêlées, s'offrirent à leurs regards! Ils purent vivre réunis et se séparer à leur gré , se combattre et