AVANT-PROPOS
Quand je publiai , il y a plusieurs années, le petit écrit intitulé : « Encore une philosophie de l'histoire pour ^éducation de l'humanité^ » ce mot encore n'avait point la signification du anch'io son piitore. Il représentait ridée d'addition « Supplément à plusieurs suppléments du siècle » et ' l'épigraphe n'était qu'une expression d'humilité indiquant que l'auteur ne présentait en aucune façon cet écrit comme une philosophie de l'histoire de notre race, mais, qu'à côté des nombreux chemins battus et que chaque jour l'on parcourt davantage, il indiquait à son tour un petit sentier resté inconnu et qui néanmoins pouvait ouvrir une voie nouvelle aux idées. Les citations éparses dans le livre indiquaient suffisamment quelles étaient ces routes trop fréquentées dont l'auteur cherchait à
s'éloigner! Aussi son Essai ne pouvait-il être qu'une feuille volante, un supplément à des suppléments, ce qu'indiquait du reste la forme qu'il y avait donnée.
La vente en fut rapide et l'on me sollicita vivement à faire paraître une seconde édition de mon opuscule; mais il était impossible de le présenter de nouveau au public sous sa forme primitive. J'avais remarqué que quelques idées en avaient été reproduites dans d'autres ouvrages, sans que j'y fusse nommé, et qu'elles y avaient reçu un développement auquel je n'avais point songé. Ce modeste « encore » était oublié; et cependant en employant les quelques mots figurés « enfance, jeunesse, virilité yvieillesse de notre race, » qui ne s'appliquent et ne sont applicables qu'à un petit nombre de peuples de la terre, jamais je n'avais eu l'intention d'ouvrir une route telle quelle permît de parcourir d'un pied sûr, YHistoire de la civilisation^ bi'en moins encore la Philosophie de l'humanité entière. Quel est le peuple qui n'ait sa civilisation, et combien le plan de la Providence ne perdrait-il pas de ses grandioses dimensions si chaque individu de l'espèce humaine était créé en vue de notre civilisation à nous^ qui n'est souvent que le déguisement de la faiblesse ? Rien n'est plus vague que ce mot et rien n'est plus trompeur qixe l'application qu'on en veut faire à tous les peuples et à tous les temps. Combien dans une nation civilisée, le nombre des individus ayant subi l'influence de la culture, n'est-il pas restreint? Et en quoi sont-ils supé-
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rieurs aux autres? Comment leur bonheur s'en trouve-t-il accru? JTentends le bonheur individuel de chacun d'eux, car dire que l'État pris abstractivement pourrait être heureux, et alors que chacun de ses membres souffrirait, serait tomber dans une contradiction ou se servir d'un artifice qui ne tromperait personne.
Aussi , pour que Touvrage soit en quelque sorte digne de son titre, faut-il creuser davantage le sujet et étendre le cercle des idées. Qu'est-ce que le bonheur des hommes? Quelle est sa durée sur notre terre? En présence de cette grandes diversité des êtres et surtout des hommes, comment se manifestera-t-il sous chaque fbrme de gouvernement, dans chaque climat, au milieu des mille révolutions que produisent les circonstances, â tous les âges et dans tous les temps? Y a-t-il une échelle de ces situations variées et la Providence a-t-elle calculé le bien-être de ses créatures dans ces diverses, situations comme si elle en edt fait son but et sa plus importante préoccupation ? Toutes ces questions doivent être examinées ; c'est en suivant le cours désordonné des temps et des événements qu'il faut chercher à les résoudre ; ce n'est qu*après ce travail préparatoire qu'on arrivera à un résultat général applicable à l'humanité ahstraite. Le champ est donc vaste à parcourir, le sol profond à creuser. J'ai lu à peu près tout ce qui a paru SUT la matière et, dès ma jeunesse, chaque œuvre non* velle , traitant de l'histoire de l'humanité et dans laquelle fespérais rencontrer des matériaux pour ma
grande entreprise, était pour moi comme un trésor trouvé. L'importance que cette branche de la philosophie a acquise durant ces dernières années m'a causé une satisfaction, et j'ai utilisé tous les secours que la fortune m'a envoyés.
Un auteur qui publie un ouvrage contenant des idées, qui, s'il ne les a pas découvertes (combien restent-ils en ce siècle de découvertes à faire?) ont du moins^ été comprises par lui et qu'il s'est appropriées en vivant pendant des années au milieu d'elles comme dans le domaine de son esprit et de son cœur, cet auteur abandonne en quelque sorte au public, quelle que soit la valeur du livre, une partie de son âme. Il ne dévoile pas seulement ce dont son esprit s'est occupé à certaines époques, dans certaihes circonstances, les doutes contre lesquels il lutta dans le cours de sa vie et les solutions qui vinrent l'en délivrer ; mais il compte aussi (sinon quel attrait y aurait-il en ce monde à être auteur et à partager avec une multitude inculte les situations de son âme), il compte sur quelques âmes, rares sans doute, puisant aux mêmes inspirations que la sienne et pour lesquelles, dans le labyrinthe de la vie, de semblables idées acquerront de l'importance. C'est avec elles qu'invisible il converse, ce sont elles qui ont part à ses découvertes, c'est d'elles aussi qu'il attend en retour leurs meilleures idées, leurs meilleurs enseignements, quand elles auront poussé plus avant leurs investigations. Ce commerce mystérieux des esprits et des