AVANT-PROPOS
cœurs est le plus grand, le seul véritable bienfait de rimprimerie, qui sans cela apporterait aux nations littéraires autant de maux que de bienfaits. L'auteur s'est placé dans le cercle de ceux qui trouvent un intérêt réel à la matière qu'il traite, voulant extraire de leur esprit les plus riches pensées que ce sujet peut enfanter. C'est le plus beau mérite des écrivains et quconque est bien doué se réjouira davantage des idées qu'il aura provoquées que de celles qu'il aura émises lui-même. Celui qui se rappelle combien tel ou tel livre, ou même tel passage d'un livre vient souvent à propos dans la situation d'esprit où il se trouvait, quelle jouissance il éprouva de rencontrer une âme éloignée de la sienne, mais devenue sa voisine par sa vie morale, suivant le sillon qu'il a tracé, ou en creusant un meilleur, comment un tel passage l'a occupé pendant des années entières et l'a poussé dans la voie du progrès ; celui-là ne considérera jamais l'auteur qui converse avec lui, qui partage avec lui son intimité, comme un serviteur à gages, mais il verra en lui un ami qui se présenté en toute confiance avec des idées imparfaites, pour que le lecteur plus expérimenté les médite avec lui et l'aide à se rapprocher davantage de la perfection. En présence d'un thème comme le mien a Histoire DE l'humanité. Philosophie de son histoire » un tel acte d'humanité de la part du lecteur, me paraît être le premier et le plus agréable des devoirs. Car celui qui écrit est homme, et tu es homme aussi, toi qui lis son
i% PHiLosoranc vb l'histoire
œuvre. H a pu tister et sans doute il a erré : tu as âm couxtaîssauees qu'il ne possédait pas, qu'il ne pouvait avoir acquiseï»; utilise ce qui peut te servir et considère son bon vouloir ; surtout ne te bornes pas à critiquer ; améliore et continue la consitruction de Tédifiee. D'une mam faible il en a posé tes premières pierres; aux siècles futurs il appartient de l'achever : heureux si , lorsque ce& pierres seront couvertes de terre et que celui qui les apporta sera oublié, il s^élève sur se£^ hn^ déments ou dans un autre endroit, un momimenl! incompi^raUbâv
It^is ,, me voilà , sans m'en être aperça , bien loin du but quô j© m'étais proposé : je voulais rappeler eom^ méat f ai été am^né à entreprendre d'élaborer cette matière et comment, au milieu d'occupations et d!e devoirs tout dîffiârents^^, j'y revenaîîs sans cesse. Dès ma jeunesse,, aiors^ que $a science se présentait k moi sous les brillantes! couleurs^ de Faube qu^^^ce presqu'entié* remenik le soleil diu Midi de notre existence, il me viiit à l'esprit de me demander pourquoi, toute chose ayûnt dam k mande m philosophie et sa science, ce qm nom tofuehe' te pins dïreetement, thisiohe de t humanité entiéfre en général^ n.'aurmt pas au^ une phit&sophie et une seknceS Tout me ra^^elail ce problème, la métaphysique et la moi^ , la physique et l'histoire naturelle, et surtourt la religion. Le Dieu, qui, dans la nature, a tout ordonné par mesure, nombre et poids, qui a créé l'essenca des» ehoises, leur forme et leur enchaînement,
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leur eourd et leur coDservation de telle façon que depui» le ffrûnâ édifiée de FUnivers, jusqu^au grain de sable, depuis la puissance qui retient les mondes^ et les soleik jusqu'à la toile de Taraignée, il n'y eât qu'une sagesse, qu^une bonté, qu'une force pour tout régir; lui qui, dans Torganisme du corps humain et dans les rapports de Yàme, a éfé d'une préyoyance si merreîlleuse et si divine, que si nous tentons de suivre même de loin la pensée du sent sd^, nous nous perdons dans Tablme de ses concepHions; comment, me disais-je, ce Dieu, dana la destinée et dans Torganisation de notre race, s'éloi-» gnerait^il complètement de sa sagesse et de sa bonté et n*â«rait*il point do plan? Ou bien aurait-il voulu nous le cacher, quand dans cette partie de ta créaticm qui nou» intéresse moins, il nous dévoile un si grand nom* bre de ses lois éternelles? Qu'est la race humaine dans scHa ensemble si ce n'est qu'un troupeau sans bergers? ou, cMnme il est dit dans les lamentations du sage : Ne le» knspe^tu pa$ errer comme les paissons dans la mer et em^me les reptiles, qm nont point de chep — Ou n'ont* ilsf fû& besoin de connaître ce plan? Je serais tenté de le eraire; car quel est l'homme qui songe seulement à sonder le c«Hrrt destin de sa propre vie? E% cependant il wit ausBi loin qu'il est nécessaire et il en connaît assen pom* diriger ses pas ; d'autre part, cette ignorance ne sert-elle paw de prétexte à de grands abus? Combien n'y en a*t-îl pas qui, parce qu'ils n^aperçoivent pas de plaU', niecrf catégoriquement qu'il y en ait un ou qui
toujours tremblent d'effroi en y songeant, tandis que le doute et la foi se livrent en eux un combat sans issue? Ils se refusent énergiquement à considérer la race humaine comme un nid de fourmis, où le pied d'un plus fort, qui n'est lui-même qu'une fourmi de forme monstrueuse , fait , en se posant , des milliers de victimes, anéantit des milliers d'êtres, au milieu de leurs entreprises si vastes dans leurs proportions exiguës, et que les deux plus grands tyrans de la terre, le hasard et le temps, finissent par disperser, en effacent jusqu'aux traces , livrant la place vide à une autre communauté laborieuse, qui à son tour disparaîtra sans qu'il en reste le moindre vestige; — l'homme, dans son orgueil, se refuse à considérer ses semblables comme de tels rejetons de la terre et comme une proie de l'impitoyable corruption ; et cependant l'histoire et l'expérience ne leur mettent-elles pas sans cesse cette image devant les yeux? Quel tout est parfait sur la terre? Qu'est-ce qu'on y peut appeler toiU? Le temps n'est-il pas ordonné comme l'espace? Ne sont-ils pas les jumeaux d'un même destin. L'un est plein de sagesse, l'autre plein d'un désordre apparent ; et pourtant il est manifeste que l'homme est créé pour rechercher l'ordre, pour voir au delà d'un certain laps de temps, pour bâtir l'avenir sur le passé ; car c'est à ces fins qu'il a reçu la mémoire et le souvenir. Et cette construction des temps superposés ne fait-elle pas du tout de notre espèce un monument cyclopéan, auquel l'un apporte une pierre