‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 30 sur 132 · LIVRE n. — CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE n. — CHAPITRE H

création végétale constitue dans la nature, l'agent éternellement actif de rorganisation et de la mise en culture de la terre.

Il tombe sous les yeux que la vie humaine, en tant que végétation, partage la destinée des plantes. Comme elles, l'homme et les animaux sortent d'un germe qui, tout aussi bien que le germe d'un arbre futur, demande, pour son développement, une place soigneusement préparée. Semblable à la plante, il revêt ses premières formes dans le sein de sa mère, et lorsqu'il s'en est échappé, la structure de ses fibres, dans leurs premières fonctions, dans leurs premières manifestations, n'ofFre-t-elle pas toute ressemblance avec celle de la sensitive? Nos âges aussi ne sont-ils pas comme les âges d'une plante : naître, croître, fleurir, se faner et mourir! C'est sans notre consentement que nous recevons le jour, sans notre vœu qu'il nous est attribué un sexe. Sommes-nous consultés sur les parents dout nous voulons naître , sur le sol que nous devons fouler dans notre développement, sur les causes internes et externes qui doivent consommer notre fin? Dans tout cela, l'homme doit obéir à des lois supérieures, contre lesquelles il ne peut rien, pas plus que la plante, et devant lesquelles ses penchants, même les plus impérieux, doivent s'incliner, presque contre sa volonté. Tant que l'homme croît et que la sève bouillonne en lui, combien le monde lui paraît riant et sans bornes! il étend ses membres et pense bientôt toucher le ciel. C'est ainsi que la nature le fait entrer dans la vie jusqu'au moment où, à l'aide de forces plus développées, d'une persévérance plus grande, il ait acquis dans ce champ où il a été planté, la taille qui lui était assignée, et alors, dès qu'elle a atteint son but, elle l'abandonne. Dans la fleur de la vie, combien de richesses n'étale pas te nature! Ne dirait-on pas qu'une création nouvelle va jaillir de ce monde de fleurs ! Laissez passer quelques mois encore et voyez comme tout est changé ! Déjà presque toutes les fleurs

jonchent le sol et quelques fruits, verts encore, les remplacent. L'arbre alors s'efforce de les faire arriver à maturité, ses feuilles se fanent, et secouant sa tête dépouillée, il jette de douloureux regards sur ces chers enfants qui viennent de le <iuitter. Les branches mortes se détachent frappées par l'orage, et enfin il tombe lui-même sur le sol en rendant à l'âme de la nature, le peu d'essence vitale qui l'animait encore.

Prenez l'homme comme plante : en est-il autrement pour lui? Combien grande son âme, animée du souffle de la jeunesse, ne s'ouvre-t-elle pas aux espérances les plus immenses, combien d'impressions vagues ou distinctes ne viennent pas le remplir, combien de stimulants de toute espèce ne l'agitent pas! En tout il a confiance, et pour lui la confiance fait naître le succès, car le succès est le fiancé de la jeunesse. Que quelques années se soient écoulées , et tout est changé autour de lui, par cela seul qu'il a changé lui-même ; ses projets, il ne les a exécutés qu'en partie et le plus grand bonheur dont il puisse encore jouir, c'est de se résigner à achever paisiblement sa vie sans regretter de ne pouvoir achever ce que le temps ne lui a pas permis d'accomplir. Aux yeux d'un être d'une nature supérieure, les entreprises les plus orgueilleuses de l'homme sur la terre n'ont peut-être pas une valeur plus grande ou tout au moins sont -elles circonscrites dans un cercle aussi déterminé que les actions et les entreprises d'un arbre. Tout ce qu'il peut développer, il le développe et il s'empare de tout ce qui est à sa portée. Il se couvre de boutons et de feuilles, donne des fruits et se reproduit dans de jeunes arbres, mais jamais il n'abandonne la place où la nature l'a jeté et jamais non plus il ne peut se rendre maître d'une force dont la nature n'a mis le germe en lui. Ce qu'il y a surtout, à mon avis, de plus humiliant pour l'homme, c'est de voir que dans ces doux élans .qu'il nomme amour et qu'il ressent avec une si grande spontanéité.

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