LIVRE II. — CHAPITRE II
sonde l'année, à l'heure du jour, même, et s'accoutument petit à petit à un autre climat. Près du pôle, elles croissent plus lentement, mais leur floraison se fait d'autant plus vite que Tété vient plus tard et agit avec plus de force. Les plantes des régions méridionales, fleurissent plus tardivement, lorsqu'elles sont apportées en Europe, mai^ seulement la première année parce que le besoin du soleil natal se fait encore sentir pour elles; à mesure que les étés se succèdent et qu'elles se sont fait à leur nouvelle patrie, elles arrivent plus promptement à maturité. Dans la chaleur savamment distribuée d'une terre, les plantes, même celles transportées en Europe depuis un demi-siècle, obéissent encore aux lois de leurs saisons d'origine. Les plantes du Cap donnent leurs fleurs en hiver parce que l'été règne en ce moment dans leur contrée natale. La fleur merveilleuse du Pérou s'épanouit pendant la nuit, probablement, dit Linnée, parce qu'alors il fait jour en Amérique, sa patrie. Chaque plante continue donc à s'ouvrir et à se fermer aux époques et même à l'heure que sa nature lui a indiquées. « Ces circonstances, dit le philosophe botaniste (1), paraissent indiquer qu'il faut pour leur développement quelque chose de plus que la chaleur et l'eau. » Et sans doute que, dans les variétés organiques de l'homme et dans sa puissance d'acclimatation, on doit tenir compte, particulièrement quand il est question d'un autre hémisphère, de quelque chose de plus, autre que le froid et le chaud.
En somme, quel immense champ d'observations ne nous ouvrirait pas l'intime association des plantes avec l'homme, si nous voulions fouiller ce champ ! Déjà une remarquable découverte (2) est venue nous apprendre que les plantes ne peuvent
(1) V. Les transactions de V Académie suédoise des sdences, vol. 1, p. 6. [i) Ingenhousz. Expériences sm les plantes. Leipzig, 17K0, p. 49.
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pas, plus que nous, vivre dans l'air pur, mais que l'air qu'elles absorbent est justement cette partie phlogislique, mortelle à l'animal et qui provoque la décomposition de toutes ses substances. Ainsi les plantes purifient l'air et non avec l'aide de la chaleur mais avec celle de la lumière, car les froids rayoos de la lune suffisent à ce dessein. Enfants bienfaisants de la terre l cet air que nous exhalons infecté, vous le respirez, vous, si délicats, vous vous l'assimilez et vous nous le rendez enfln> purifié par vos soins. Vous conservez la santé de ces créatures qui vous détruisent et votre mort elle-même est encore un bienfait, car vous améliorez la terre et vous la fertilisez pour de nouveaux êtres de votre genre.
Combien grande encore serait l'utilité des plantes si, dans leur silencieuse existence, elles ne devaient être considérées que comme un magnifique enchaînement pour arriver à l'hommie et aux animaux; mais puisqu'elles jouent le rôle principal dans l'alimentation animale et qu'il est de la plus haute importance dans l'histoire des différents modes de vie de l'humanité, de tenir compte des plantes et des animaux, propres à sa nourri^ ture, que l'homme a trouvées sur chaque sol où il a été jeté, sous combien d'aspects nouveaux et variés ne nous apparaissentelles pas dans l'étude du règne de la uature! C'est de végétaux que se nourrissent les animaux les plus paisibles , les plus humains, dirais-je, si j'osais me servir de cette expression. Et n'a-t-on pas toujours observé ce caractère calme et d'une sérénité inaltérable chez les nations qui font principalement usage de ce genre d'aliments! Tous les carnassiers sont de leur nature plus sauvages. L'homme, que son genre d'alimentatioa place entre les deux^ ne peut être un animal carnassier, ae fut-ce qu'en raison de la conformation de ses dents. Il est encore des nations qui vivent exclusivement de lait et de végétaux. Dans les premiers temps de notre terre elles étaient en
plus grâfhl nombre, mais aussi quels riches trésors ne leur offrait pas la nature dans les pulpes, dans les sucs, dans les fruits, dans les écorces et les rejetons de la création végétale , alors que bien souvent un seul arbre suffisait à la nourriture de toute une famille! N'est-elle pas admirable cette disposition de chaque contrée qui lui permet de se suffire à elle-même, tant en raison des produits qui lui sont propres, qu'en raison de ceux qu'elle attire à elle ou qu'elle repousse de son sein. Nous avons vu d'un côté les plantes se nourrir de la partie phlogistique de Tatmosphère et des miasmes qui nous sont le plus pernicieux; maintenant voyez-les, organisées de telle sorte que, suivant le pays , elles sont appropriées comme antidotes et que, partout, elles vont servir de remède aux corps animaux si enclins à la corruption. L'homme n'est donc point fondé dans ses reproches, lorsqu'il accuse la nature d'avoir produit des plantes nuisibles, car c'est par leurs canaux que se sécrètent les poisons et ainsi elles contribuent pour une large part à la salubrité du pays, tout en mettant entre ses mains, comme entre celles de la nature, les remèdes les meilleurs, les antidotes les plus énergiques. Il est bien rare que, dans une contrée, l'homme n'ait pas détruit quelqu'espèce de plantes ou d'animaux, sans que bientôt les résultats désavantageux de cet acte ne lui aient fait regretter sa détermination et, en fin de compte, la nature n'a-t-elle pas donné aux animaux tout comme à l'homme, des sens et des organes assez délicats pour découvrir les plantes qu'ils peuvent s'assimiler sans danger et pour éviter celles qui doivent lui nuire?
Ne serait-ce pas une magnifique exploration que celle que Ton poursuivrait, au sein de la nature végétale des diverses parties du globe, à la recherche de ces grandes lois naturelles dans leurs rapports d'utilité et d'action avec le règne animal et l'horame? Pour nous, nous ne pouvons que glaner çà et là dans
ce champ immense et nous borner à émettre le vœu qu'un homme spécialement instruit dans cette science, nous donne un jour une géographie universelle de botanique pour servir à l'histoire de l'homme.