‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 33 sur 132 · DE L HOMME · texte numérisé non relu

DE L HOMME

Frères aînés de l'homme, les animaux existaient avant lui. Dernier venu sur la terre, l'homme trouva à son arrivée chaque contrée occupée, au moins dans quelques-uns de ses éléments; car, à part les végétaux, qu'eut-il trouvé pour sa nourriture? Aussi pour qu'une histoire de l'homme soit entière et complète, doit-elle de toute nécessité considérer cette nouvelle relation. Le monde fut donné à l'homme, cela est vrai , mais il ne lui a pas été donné à lui seul et il n'a pas même les titres d'une première occupation et , sur tous les éléments , il a rencontré les animaux qui lui ont disputé le pouvoir suprême. Partout il a une lutte à engager : là, il doit apprivoiser cette espèce, ici, il en trouve une qui lui résiste longtemps avant de reconnaître sa loi ; une autre qui se soustrait à son empire , une dernière avec laquelle la guerre sera éternelle. En résumé, la ruse, l'adresse, la force ou le courage, voilà les armes au moyen desquelles chaque espèce étendra son domaine sur la terre.

Ce n'est pas encore ici le moment de décider si l'homme a la

raison en partage el si les animaux n'en jouissent pas. S'ils n'en jouissent pas, alors ils ont quelqu'autre compensation, car certes la nature n'a pas laissé sans défense la plus humble de ses créatures ; sans elle , qui viendrait à son secours puisque toute la création n'est qu'une guerre et que les forces les plus opposées se touchent de si près? Ici ce sont les serpents qui menacent cet homme semblable aux dieux, là, les insectes l'attaquent; ici, il est la proie du requin, là, il tombe entre les griffes du tigre. C'est une lutte de tous les instants, une lutte générale, une lutte nécessaire entre des êtres qui se gênent l'un l'autre et dont chacun pourvoit à sa propre subsistance et défend sa propre vie.

Pourquoi la nature en a-t-elle fait ainsi? et pourquoi cette guerre incessante? Parce que, dans l'espace le plus restreint, elle a voulu produire le plus grand nombre et la plus grande variété possible d'êtres vivants, parce qu'ainsi l'un balance l'autre et que l'équilibre du pouvoir peut seul établir la paix dans la Création. Chaque espèce s'occupe de soi et prend soin de soi seule, comme si, seule, elle avaitpart à l'existence. A côté d'elle, cependant, s'élève une autre qui l'enserre entre deux frontières ; et c'est par cet équilibre de pouvoirs contraires que la grande Création a su trouver le seul moyen d'assurer le maintien du tout. Elle a pesé les forces, elle a compté les membres, elle a arrêté les instincts et les haines des espèces, puis elle a abandonné à la terre la mission de produire tout ce qu'elle pouvait produire. Quel souci prendrai-je de savoir si des grandes races d'animaux ont, tout entières, disparu de la terre! Le mammouth a-t-il disparu, eh bien! il en a été de même des géants et, à cette époque les rapports mutuels des créatures étaient différents. Examinez aujourd'hui notre globe : ne remarquez-vous pas un équilibre évident, non seulement dans l'ensemble de la création, mais dans des régions,' dans des espaces déterminés?

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L'agriculture peut sans peine reculer les limites du domaine des animaux, mais en arriverait-elle facilement à occuper tout ce domaine et à exterminer les animaux qui le peuplent? Au moins cela lui a-t-il été impossible sur une grande étendue de pays et, à la place des animaux sauvages, qu'elle rendait ainsi plus rares, ^lle a multiplié le nombre des animaux domestiques. Bien que je ne refuse pas d'admettre qu'il a pu exister d'autres espèces d'animaux à l'époque où sa constitution était différente, néanmoins, dans sa constitution actuelle, aucune espèce n'a été perdue et des rapports nouveaux s'établiraient entre les créatures vivantes si, à un moment que nous cache encore l'avenir, l'art ou la nature devaient la changer radicalement.

L'homme, en un mot, est entré dans un monde habité : tous les éléments, les marais et les rivières, la terre et Tair^ étaient remplis ou se remplissaient de créatures vivantes. Armé de sa force, de son habileté, de ses qualités presque divines, il dut se faire lui-même une place dans son empire. Comment y arrivat-il? C'est ce qui constitue l'histoire de la civilisation, partie la plus intéressante de l'histoire de l'humanité et qui comprend jusqu'aux peuples les plus grossiers. Avant d'aller plus loin, je ferai remarquer ici, et une fois pour toutes, que si l'homme put assujettir les animaux à sa loi, c'est, en grande partie aux animaux eux-mêmes qu'il le doit ; c'est d'eux qu'il reçut son instruction première : étincelles vivantes de l'intelligence divine dont l'homme fit converger les rayons sur lui , dans un cercle plus ou moins grand, pour les faire briller dans ses arts, ses instincts, ses moyens de se nourrir et de se vêtir, son industrie, ses mœurs. Plus sa persévérance et son adresse furent grandes, plus les animaux qui l'entouraient étaient industrieux; plus il vécut avec eux, soit en paix, soit en guerre, plus son intelligence se développa et ainsi l'histoire de sa culture est, en grande partie, zoologique et géographique.

PHiLOsora» DB Chistoim, t. I. 6

m pmiKimfÈm de L'aimnft

Kn SiecKmd lieu> qirelque nombreuses qHié soient mt fiotre teite les t^riâtés ^u sol et da <di»iât, (teé; piét^t^ et diôs ptahtes, t(ir»!ibtèa plue nombreuse^ rie &ônt ps lès vàdétés des êtres dniionâ»! P«uplent-ils la terre s^uiet AtxÀ, 6»t Tair, r^m^ les pâtties internas même des plantes n des aiiimau^, |[)ariMt fonrmiite la vie. Multitudes sans nombre potir qui le mondie a été crée aussi Men (|ue pôut Iliomttié! Sur<!âcè moarante de la terre que les rayons du soleil font yivte, jouir ^t agir!

Je n« yeux point toucher id éétte pï'ôpôSitiôA générale que chaque aniinal a sonéléittént, son dii^al, sa pliace marquée; que quelqu^èS espèces sont plus t^épândues, que tfautrès le èàrA moihs, que quelques-unes occupent une plàfce aussi considé»ràWe que rfe-ôttittie. Nous possédons sûr cette ïnâtifere un ôtiti'^e Wés profond et très «a tant : Ztmrhennnm fèogràpMs^e geschitkte^esimnistfien unà è^'oMgememi)efhf^etèn vierfnsxigek Thièfe, (LèîpÉig, i7W-4788, 3 Wl. aVèc une feelfe mâppemofidè zôologiqu^.) Je nw bornerai à Consigner i^i quelques db&ei^^tions particuiièhés qfti se tit)tiveh)nt confirmées par l'histoiPè ^ rtioUiiné.

4. La fôtme dès es^ees qui h)abïtent presque kotHes les pnr- Wèis du monde , 'Vïirie ^aîv^anl le ^imat. Le chien est petit et laid en LSponîe; dans la Sibérie, lîl est déjà mteux formé; ses oreîttes sont d4*oîtèS et sa tâiïîe ^st raisonnable. « Dans les pays, dft Buffet, ^ nous trouvons les plus beftes races d'hotnmes, îiôus Voyons auàsi les ^chiens ies pïus beaux et les plus grands ; €aîns les cetctes afôtique -et antarctique îe (*ien perd sa voix ^ fl'ans Vêita sàuvâgè il ressemWè^u tîhèval. » Le boeuf, à MadôgiafSC«n% a sur ïe dôs unie bôSsfe <iui pèse cinquante livres et qui finit par l5*eïftrcet* ^ mesure qu'on s'éloigne de cëtre région ; cèl ianfmaî , du 'rêfSt'é, *présente de grandes dilSérenCfès de -couteuf^ de taillé, de fbrce ei de ijouràge selon *es Jîenx qu'A habite. Le mouton d'Europe, transité aueap de ftoiHiie^Espâfànee, gagM

UVM W. — 'OMMVMS m. «7

me quave 4a poids ùb «étx-^ieiir tivres ; «n iskntde, il a jusqu'à (wq Mnies; dans te ciuiilétfûizlord, en Angleterre, ii atteint te ttaîle idhjn tne i9t e& Turquie sa laine est tacheHée eomnie eeBe du tsgve. l^ellas se vencontnenit tes -variété dans Hovs >lcis MnnanR ; cMimetiit âonc i1u>nme qui, jfSiV >son système defieilb c(t 4t muscles est , en -grande partie aussi , «n ^animal , oaiDflaeat donc se ^etwmgerffil-il pas an^c le >ciliisat ? D'après fanaiogie :de Ufiatwe, <ce sevait «nniradle s'il en était ainsi.

S. Tons nos aniiiwnix domestiques ont commencé par 'étite sauvages el il*)' a phn, c'est que les races sauvages originelles se retrouvenft encore , surtout dans les montagnes 'de rAsie, pvobiMement 4n pairie de l'bomme, au moins dans neive bémispiibre , et le bwceau erti il ^a commencé son déveloiipe* ment. Phis onts^loigne de œtte contrée, surtout dans tes régions Dt tes eommunicatioas avet*. elle sent peu aisées, phis le nombre des lespèces domestiques devient faible jusqo^à ce qu'enfin, dans la Kourelle Guiinée, la Nouvelle ^éiande et ies ties de l'océan Pacifique, le chien , ile porc et le cbat consti* toent tout lie T.ègwe :annnal .

3. UAsDérique , en grande :parlâe,:a des animaux qui lui sont propres ^et qui soat trat ii fait appropriés à son^^ilimat, i ses hauteurs immenseS'Ot à ses «vallées longtemps inondées. Elle a très peu de grands animaux, peu surtout qui soient apprivoisés ou capables de l'âtre; mais en revanche elle offre une très grande variété ^espèces de chauves^souris , de tatous, de rats et de souris, d'unau, d'aï, d'insectes , d'amphibies» de crapauds ' et de lézards, elc. SI est facile de saisir les conséquences de cet état de choses ^ur l'histoire de l'homme.

4. Les ^animaux Jes plus forts, les plus grands, les plus coutageuK, les {dus parfaits, les aromates les plus fins >et les plus violents, nous les trouvons darns ces -contrées où tes forces de la nature agissent le plus activement, ofù les feux du soleil se

combinent avec des vents réguliers, de fortes inondations, de violentes explosions de la matière électrique, en un mot, avec tout ce qui, dans la nature, fait jaillir et circuler la vie. L'Afrique a ses troupeaux d'éléphants, de zèbres, de daims, de sangliers et de buffles; là le lion, le tigre, le crocodile, l'hippopotame apparaissent dans toute la majesté de leur force; là aussi s'élèvent dans les airs, les arbres les plus fiers du monde, chargés des fruits les plus nourrissants et les plus savoureux. Chacun connaît la richesse de l'Asie en plantes et en animaux, là surtout où les forces électriques du soleil , de l'air et de la terre sont plus développées. Là, au contraire, où ces agents sont plus faibles et plus irréguliers, dans les régions froides, là où ils vont se perdre dans les eaux, dans des sels dissolvants, dans des bois humides, là ne se produisent pas ces créatures qui ont besoin, pour se former, de l'action libre et entière de l'électricité. L'humidité, au contact d'une chaleur étouffante, donne naissance à des essaims d'insectes et d'amphibies, mais on ne voit pas apparaître ces formes admirables de l'Ancien Monde qu'anime le feu éclatant de la vie. La force musculaire du lion, le regard perçant du tigre et son élasticité, l'intelligence si développée de réléphant, la gracieuse souplesse de la gazelle, la ruse méchante du singe de l'Afrique ou de l'Asie, ne se retrouvent chez aucun des animaux du Nouveau Monde. Ceux-ci semblent s'être dégagés avec peine d'un limon échauffé; ceux-là n'ont pas de dents ; tel autre n'a ni pattes, ni griffes; celui-ti • n'a point de queue et la plupart manquent de taille, de courage et d'adresse. Les animaux des montagnes sont plus intelligents et mieux organisés, mais ils sont encore de beaucoup inférieurs aux animaux de l'Ancien Monde et à la conformation coriace et squammeuse du plus grand nombre , on reconnaît bien vite . l'absence de l'élément électrique.

• 5. Enfin il est à supposer que ces grandes singularités que

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nous avons observées chez les plantes , relativement aux qualités qu'elles empruntent et à la lenteur qu'elles mettent à se familiariser avec un climat étranger ou un antipode, il est à supposer que ces singularités , et de plus grandes encore, nous les remarquerons chez les animaux. L'ours d'Amérique, décrit par Linnée (1), transporté en Suède, observait encore le jour et la nuit d'Amérique. De minuit à midi il dormait et de midi à minuit il se mettait à errer comme si c'eût été son jour d'Amérique; ainsi il conservait, avec ses autres instincts, la division du temps telle qu'elle est pratiquée dans sa patrie. D'autres contrées de la terre et les deux hémisphères, oriental et méridional, ne sont-ils pas sujets à la même remarque? Et si des effets de l'espèce se rencontrent chez les animaux, l'homme, malgré son caractère particulier, en sera -t- il tout à fait exempt.

fl) TtaMoctions de VAcadémiê iuédoite, vol. IX p. 300.

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