‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 43 sur 132 · LIVRE III. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE

3^ Ainsi, partout où l'art est appliqué, il y a un sens mécanique qui existe et qui est exercé ; et lorsqu'une créature fait voir par ses actions qu'elle prévoit les accidents de la nature tout en cherchant à s'en garantir, que nous le comprenions ou non, nous devons admettre qu'elle possède un sens interne, m organe , un médium de cette prévoyance, car les pouvoirs delà nature ne se transforment pas d'après cela.

4"" Il se peut qu'il existe dans la création plusieurs milieux dont nous n'avons nulle connaissance, parce qu'aucun de nos organes ne leur est approprié. Il y a plus, ils doivent même exister en très grand nombre, car, dans presque toutes les créatures, nous constatons des actes que nous ne pouvons pas expliquer par leur organisation.

&<" En somme, l'idée d'un monde dans lequel des millions de créatures de sens et d'instincts divers, jouissent chacun de leur propre univers, en parcourant chacun les voies qui leur sont propres, nous apparaît beaucoup plus grande et plus parfaite que celle d'un désert dont l'homme, avec ses cinq sens émoussés, serait seul à percevoir l'immensité.

6^" Celui qui a le moindre sentiment de la grandeur et de la puissance de la nature, si riche en sensation, en art et en force vitale, n'hésitera pas à accepter avec reconnaissance, les avantages que comporte l'organisation qu'elle lui a donnée, mais sans se refuser pour cela à reconnaître l'esprit de tous ses autres ouvrages. La jouissance, le sentiment et l'action, voilà le cercle de la création. Sur chaque point du globe, il doit donc se trouver des créatures pour jouir, des organes pour percevoir, des forces pour agir. Voyez le caïman et le colibri, le condor et le pipa : qu'ont-ils de commun entr'eux? et cependant chacun d'eux est organisé en vue de l'élément qui lui est destiné, et chacun d'eux aussi vit et se meut dans cet élément. Aucun point de la création n'est dépourvu de jouissance , d'or-

114 9BUsOBÙVmB DE l'hISVOIRE

ganes et d^babitants: et ainsi, chaque créature a son monde à soi, sou monde déterminé.

Je me sens perdu dans Tinfini sans bennes quand-, ô mystérieuse nature, entouré d'un millier de preuves qui agite wm cœur, je pénètre dans ton temple sacré. Tu n'as négligé aucune créature et tu as donné à chacune d'elles tout ce que goo^ portait son organisation. Chacun de tes ouvrages a été un, parfait et seulement semblable à lui-même; tu opères du dedans au dehors et lorsque tu t'es vue forcée de refuser quelle chose , tu t'es empressée de donner d^ compensations telles que devait en donner la mère de toutes choses. Examinons maintenant la balance qui maintient les diverses forces agissant dans les différentes organisations, afin dé nous frayer une route vers le lieu physiologique de l'homme.

!<" La destinée des plantes est de végéter et de porter des fruits : cette fin nous parait secondaire, et cependant elle est la base fondamentale de toutes les destinées dans la création tout entière. Cette destinée, elles la remplissent complètement et d'autant mieux qu'elle est plus simple et souffre moins dte divisions : elles poussent là où elles le peuvent, dans le germe entier et elles donnent des rejetons et de nouveaux boulons; une branche seule représente tout l'arbre. Ici donc nous appelons à notre aide une des propositions précédentes et pouvons dire avec raison, d'après toute l'analogie de la nature : là où il y a action, il doit y avoir un pouvoir ; là où existe une nouvelle vie, là doit se trouver le principe d'une nouvelle vie et dans toute créature phytomorphique, ce principe doit être basé sur l'activité la plus grande. La théorie des germes , au moyen de laquelle on a voulu expliquer la végétation , n'explique rien en somme, car le germe seul est déjà une forme et là où existe une forme, doit exister un pouvoir organiq>ue de formation. Jamais l'anatomisle n'a pu découvrir tous les germes fliturs

URM UL — «B*lliIIUIili. iU

diDS. l6 premier p^iirt créé ; ils ne devienneot visibles poux nous que lorsque la plante a atteint la plénitude de sa force et noua ne pouvons les attribuer à autre ohose qu'au pouvoir orga* nique de la plante ^le-médue» pouvoir qui agit sur eux avee une silencieuse intensité. La nature a départi k cette créature tout oe qu'elle pouvait lui départir et par la grandeur du pouvoir qu'elle lui confiait, elle a compensé ce qu'elle avait dû lui refuser. Que ferait de la puissance de sympathie animale la plante qui doit rester rivée à sa place? Pourquoi lui donner la faculté de connaître les plantes qui l'entourent, puisque cette connaissance même ferait son malbeur ? Mais elle attire à elle et elle jouit, k la manière des plantes, de l'air, de la lumière et des sucs dont elle se nourrit et , plus aisément qu'aucune autre créature, elle satisfait ses penchants à croître, à fleurir et à se reiHroduire.

f" Cela ressortira plus clairement encore si des plantes on passe aux divers zoophytes connus jusqu'à présent : chez ces derniers déjà, les organes de la nutrition sont séparés ; ils possèdent, une sorte de sens animal et de mouvement volontaire et leurs principaux pouvoirs organiques sont la nutrition et la propagation. Le polype n'est pas un foyer de germes qui demeurent préformés en lui, peut-être pour exercer Timpitoyable scalpel des philosophes , mais comme les plantes sont la vie organique, il est aussi la vie organique. Ainsi qu'elles, il fait naître des rejetons et le scalpel de l'anatomiste ne peut que stimuler et exciter ce pouvoir. De même qu'un muscle excité ou divisé déploie une force plus grande , de même un polype torturé d^oie toutes ses forces pour regagner ce qu'il a perdu; il produit de nouveaux membres jysqu'à ce que ses pouvoirs soient détruits ou que Fart ait ruiné sa nature. Daas quelques cas et lorsque le membre qui reste est trop petit et que ses pour voirs sont tr^p affiibiîs , il ne peut plus se reproduire» ce qui

116 PHILOSOPHIE DE L^HISTOmE

n'aurait pas lieu si chaque point de son corps contenait un germe préformé. Ce qu'il y a pour nous de remarquable en lui, c'est cette action intime des forces organiques si puissantes qui opèrent en lui , comme dans le bourgeon des plantes et même, à un degré plus bas, dans de faibles et d'obscurs rudiments.

30 Les animaux testacés sont des créatures organiques douées d'une aussi grande somme de vie qu'il peut en être réuni dans leur élément et dans leurs coquilles. Nous sommes forcés d'appeler cela sentiment parce que nous n'avons pas d'autre mot pour l'exprimer ; mais c'est un sentiment de limaçon, c'est un océan, un chaos des forces vitales les plus obscures qui ne se développent que dans quelques membres. Examinez leurs antennes si délicates, le muscle qui fait les fonctions des nerfs optiques , leur bouche ouverte, les premières pulsations d'un cœur et leur incroyable force de reproduction. Lui-même renouvelle tout en lui, sa tête, ses cornes, ses mâchoires, ses yeux; non seulement il construit sa maison portative, mais il se reproduit dans des êtres vivants avec de semblables coquilles et plusieurs d'entre eux sont à la fois mâles et femelles. Ainsi il y a en eux tout un monde de pouvoirs organiques qui rendent la créature capable de certaines opérations que ne pourrait tenter tel autre être dont les membres seraient parfaits et chez lequel l'action du mucus plastique est plus intime et plus continue.

4<» L'insecte , dont les travaux sont si remarquables , a une structure qui ne l'est pas moins et à laquelle les pouvoirs organiques se conforment, même dans les parties distinctes; mais son cerveau est des plus petits et ses nerfs sont très déliés ; ses muscles sont si délicats qu'ils sont recouverts à l'extérieur d'un tissu épais et son organisation ne lui permet pas le mouvement circulaire des animaux plus grands. Mais regardez sa tête, ses yeux, ses antennes, ses pieds, ses défenses, ses ailes ;

Page 1