DES INSTINCTS DES ANIMAUX
Mmarus (l) nous a laissé un traité des plus remarquables sur les instincts des animanx, traité qui restera, ainsi que soq ouvrage sur la religion naturelle, comme un monument de son esprit d'investigations et de son amour de la vérité. Après de savantes et judicieuses observations sur les différents instincts des animaux, il cherche à les expliquer par le mécanisme des sens et la perception interne. Il croit cependant aussi qu*il faut admettre, surtout pour les arts instinctifs, certains pouvoirs déterminés et naturels, certaines aptitudes naturelles innées qu'on ne peut expliquer d'une façon plus précise. Je ne puis entrer dans cette dernière manière de voir, car, la composition de toute la machine, d'après tels pouvoirs, tels sens, tels sentiments et telles perceptions, bref, l'organisation même de la créature, voilà ce qui constitue la direction la plus sûre, la
(1) Reimarus àUgem. Barachtungm &ber die Triébe der Tkiere, Hamb., 177^. Ingleichen angefangene Betrachtungen ûber die besondern Arten der thierischen Xansttrilbe , denen auch J. U. H. Reimarus reiche and schone Abhandkmg Hber die Natar der Pflanzenthiero beigeftgt ist.
détermination la plus parfaite que la nature puisse imprimer à
son ouvrage.
Puisque le créateur a formé des plantes, qu'il les a divisées en certaines parties, qu'il leur a donné certains pouvoirs pour
attirer et assimiler la lumière, l'air et d'autres matières subtiles que leur fournissent en abondance l'air et l'eau ; puisqu'enfin il les a placées dans leur élément, où chaque partie peut déployer à son aise ses forces essentielles, je ne vois pas pourquoi il aurait dû mettre en elles un nouvel et aveugle instinct de végétation. Chaque partie remplit sa tâche avec ses forces vitales et c'est ainsi que se manifeste, en somme, le résultat des pouvoirs qui étaient à même de se produire par suite de telle composition et non par suite de telle autre. Les forces agissantes de la nature sont toutes, chacune en son genre, des forces vitales. Au dedans d'eux doit se trouver quelque chose qui correspond à leurs effets extérieurs, ainsi que l'admet Leibnitz et que semble le prouver toute l'analogie. Que le mot nous manque pour désigner cet état interne des plantes ou les forces qui agissent en elles, c'est un défaut du langage, car le mot de sensation exprime simplement la modification que détermine en nous l'action des nerfs. Il se peut qu'il y ait entre ces choses quelque vague analogie, mais s'il n'en est pas ainsi, ces instincts nouveaux et ces pouvoirs de végétation donnés au tout, ne nous apprennent rien.
Deux instincts naturels se remarquent déjà chez les plantes, les instincts de la nutrition et de la reproduction, et leur résultat sont des ouvrages d'art tels que les égaleraient bien difficilement les travaux les plus soignés d'un insecte vivant. Lorsque la nature passe de la plante ou de la pierre pour arriver au règne animal, nous montre-t-elle plus clairement ce qu'il en est des instincts des pouvoirs organiques ? Le polype semble s'épanouir comme une plante et cependant c'est un animal. Gomme