‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 6 sur 132 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

NOTRE TERRE EST UNE ÉTOILE AU MILIEU d'ÉTOILES.

C'est par le ciel que doit commencer notre philosophie de l'histoire de la race humaine, si elle veut en quelque manière mériter ce nom. Car la terre que nous habitons n'étant rien par elle-même, mais recevant des forces célestes, dont l'action s'étend à tout notre univers, ses propriétés et sa forme, sa faculté de créer et de conserver les êtres , nous ne devons pas l'envisager seule et isolée , mais la considérer dans le milieu des mondes où elle est placée. D'invisibles, d'éternels liens la rattachent auvsoleil, centre où elle puise la lumière, la chaleur, la vie et la fécondité. Sans le soleil, nous ne pouvons concevoir notre système planétaire, pas plus qu'on ne peut imaginer une circonférence qui n'ait point de centre ; c'est lui, c'est sa bienfaisante force d'attraction dont l'Éternel l'a doué et a doué tous les corps, qui nous montre dans son domaine les

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planètes obéissant à des lois d'une admirable simplicité, tournant rapidement sans relâche autour de leur axe et d'un centre commun, dans des espaces proportionnés à leur grandeur et à leur densité; de même que des satellites, en vertu des mêmes lois, tournent autour de quelques-unes d'entre elles et en restent dépendantes. Rien n'offre un coup d'œil aussi sublime que le spectacle de cette grande structure du monde; et jamais peut-être la raison humaine ne prit un essor plus hardi^t en partie plus heureux que lorsque Copernic^ Kepler^ Newton, Huyghens et Kant (i) découvrirent et établirent les lois simples, éternelles et parfaites de la formation et du mouvement des planètes.

Je pense que c'est Hemsterhuis qui déplore que ce système sublime n'ait pas exercé sur le cercle complet de nos idées l'influence qu'il eût eu sur la raison humaine, s'il eût été établi, avec une exactitude mathématique, dès le temps des Grecs. En général, nous nous contentons de considérer la terre comme un grain de sable suspendu dans cet abîme immense où elle accomplit ses évolutions autour du soleil, celui-ci avec des milliers d'autres autour de leur centre , où peut-être d'autres systèmes semblables de soleils fournissent leur carrière dans des espaces définis des cieux , jusqu'à ce qu'enfin l'imagination aussi bien; que la raison se perdent dans cette mer de l'infini et de l'éternelle grandeur, sans trouver ni issue ni fin. Mais l'étonnement qui -nous écrase n'est pas l'efifet le plus profond et le plus durable de cette contemplation. Pour la nature qui

(1) Kant, Histoire g^aérak de la nature et théorie des cieux, Kœnigsbérg; et Leipzig, 1755. €et ouvrage est moins répandu qu'il ne le mérite. Lambert, sans le connaîtra, a> dans ses leWfe$ eosmologique^y exprimé quelques idées a&fr* logH^est, et B0de^ dftn^st Consuiissmeedes cieux , mentionne avec girand éloge quelque&-unes de ses conjectures.

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partout est complète en elle-même, le grain de sable a autant de valeur qu'un tout incommensurable. Elle désigne des points de Tespace et de Tétre où des mondes apparaîtront, et à chacun de ces points elle se trouve dans la plénitude indivisible de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté, comme s'il n'y avait pas d'autres points de la création et d'autres atomes terrestres. Quand j'ouvre ainsi le grand livre des cieux et que cet immense palais, que la divinité suffit seule à remplir tout entier, s'offre à mes regards , je conclus aussi rigoureusement que je le puis du tout aux parties et des parties au tout. Ce fut une seule et même force qui créa le soleil brillant et qui maintient mon grain de sable sous son action ; la même force qui fit se mou^ voir, sans doute autour de Sirius, une voix lactée de soleils et qui soumet le globe terrestre aux lois de la gravitation. Que je considère maintenant que l'espace que ce globe occupe dans notre temple de soleils, que la courbe qu'elle trace dans sa course, que sa grandeur, sa masse et tout ce qui en dépend sont déterminés par des lois, je dois, à moins de m'emporter contre l'Infini, non seulement être satisfait de cette place et me réjouir d'être entré dans le chœur si harmonieux des êtres innombrables, mais encore faire ma plus noble occupation de rechercher ce que je dois devenir dans ce milieu et ce que probablement je ne puis être ailleurs. Si je trouvais même dans ce qui me paraît le plus limité et le plus contraire, non seulement des traces de cette grande force , mais encore une connexion évidente entre les plus petites choses et le plan du créateur dans l'immensité, ou sera-ce par la plus belle propriété de mon intelligence d'imiter Dieu , de suivre ce plan et de se conformer à la sagesse divine. Sur cette terre, je ne chercherai donc pas un ange du ciel que mon œil n'a jamais vu ; des habi^ tants de la terre, des hommes seront ceux que je voudrai y trouver et j'accepterai avec une satisfaction égale tout ce que

noire mère commune produit , conserve , nourrit , supporte et reçoit enfin dans son sein ami. Ses sœurs, d'autres terres, peuvent se glorifier de posséder d'autres créatures peut-être supérieures et s'en réjouir : ici bas vit ce qui peut y vivre, il suffit. Mon œil est fait pour supporter les rayons de soleil à cette distance et non pas à telle autre, mon oreille est organisée pour cette atmosphère, mon corps pour cette masse terrestre, tous mes sens dérivent de son organisation et s'y rapportent, de même que les fonctions de mes facultés; ainsi toute l'étendue , toute la sphère d'action de mon espèce est déterminée et circonscrite de la même façon que la masse et l'orbite de la terre sur laquelle s'écoule mon existence : voilà pourquoi aussi dans beaucoup d'idiomes, l'homme porte le nom de sa terre maternelle. Plus grand est le chœur d'harmonie, de bonté et de sagesse, à laquelle appartient ma terre maternelle, plus invariables et plus belles sont les lois sur lesquelles reposent son existence et celle de tous les mondes, plus je constate qu'en eux tout dérive d'un seul et qu'un seul veille à tout : plus aussi je reconnais que mon destin est intimement lié, non à la poussière terrestre, mais aux lois invisibles qui régissent cette terre. La puissance qui pense et qui agit en moi, est, de sa nature , aussi éternelle que celle qui unit ensemble les soleils et les étoiles : ses instruments peuvent se perfectionner, la sphère de son action peut changer, de même que les terres peuvent se modifier et les étoiles changer de place , mais les lois en vertu desquelles elle se manifeste et se transforme restent immuables : leur nature est éternelle comme l'esprit de Dieu et les principes de mon être (non pas de mon enveloppe corporelle) sont aussi inébranlables que les piliers qui soutiennent l'univers. Car tout l'être est comme un concept indivisible, dans les plus grandes choses comme dans les plus petites, fondé sur une loi unique. La construction de la structure du

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