‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 67 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

X HOMME, DOUÉ DE SENS PLUS PARFAITS QUE LES ANIMAUX, EST FORMÉ PAR SON ORGANISATION POUR l'aRT ET LE LANGAGE.

Si rhomme eut été courbé vers la terre, ses sens eussent été forcés de se mouvoir dans un espace beaucoup plus étroit et les plus nobles d'entre eux eussent été comprimés par les instincts inférieurs ainsi que le démontre l'exemple des hommes retombés à l'état sauvage. L'odorat et le goût eussent été, comme chez les animaux, ses guides dominants. Élevé au dessus de la terre et des plantes, ce n'est plus l'odorat qui domine en lui, mais la vue dont le domaine est plus vaste et qui se développe, dès l'enfance, dans la géométrie la plus pure des lignes et des coupleurs. L'oreille, placée sous les saillies latérales du cerveau, est plus rapprochée du réceptacle interne des idées, tandis que chez les animaux elle se dresse, comme au guet et se trouve aussi soi^ gnée dans sa forme externe que le sens dont elle est l'organe.

La marche perpendiculaire a fait de l'homme une créature capable d'art; car, par cet art, le premier et le plus difficile que l'homnie apprenne, il devient apte à tout apprendre et se transforme, pour ainsi dire, en un art vivant et actif. Voyez l'animal 1

Il a bien des doigts assez semblables à ceux de l'homme, mais tantôt ils sont enfermés dans un sabot, tantôt terminés par des griffes ou par toute autre forme. L'homme, dont la marche doit être droite, a reçu des mains libres et adroites, merveilleux instruments des opérations les plus délicates et toujours disposées à recevoir des impressions nouvelles et variées. Helvétius avait donc raison de dire que les mains étaient d'une grande utilité à l'intelligence de l'homme, car de quel secours la trompe n'est-elle déjà pas h l'éléphant? D'ailleurs, ce tact si fin des mains de l'homme se trouve répandu dans tout le corps et ainsi on a vu des hommes, privés de leurs bras, exécuter avec les doigts des pieds des œuvres d'art que souvent les mains n'auraient pu accomplir. Le pouce et le gros orteil, dont la structure musculaire est si particulièrement soignée, bien qu'ils nous semblent jouer un rôle peu important, nous sont cependant de la plus grande utilité, l'un pour se tenir droit et pour marcher, l'autre pour saisir les objets et pour tous les besoins de la pensée qui inspire un art.

Combien de fois n'a-t-on pas dit que l'homme a été créé sans défense et qu'un des principaux caractères qui le distinguent, c'est l'impuissance à laquelle il est condamné. Il n'en est certes pas ainsi : il a, comme toutes les autres créatures, des armes pour se défendre. Le singe joue du bâton et jette du sable et des pierres ; il grimpe sur les arbres et échappe au serpent, son ennemi le plus dangereux ; on en vu défoncer le toit d'une maison et tuer des hommes. La jeune fille sauvage de Songi avait frappé sa compagne d'un bâton dont elle s'était armée et elle compensait, par son habileté à courir et à grimper, la force qui lui manquait. Ainsi donc, l'homme, même à l'état sauvage, n'est pas, par son organisation propre, sans défense et, quand il est debout et civilisé, quel animal dispose des instruments qu'il possède dans ses bras, dans ses mains^ dans la souplesse de

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