‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 72 sur 132 · UVRB IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

UVRB IV. — CHAPITRE IV

qu'il fut lui-même comme un poids dans la balance. Il peut verser dans les erreurs les plus complètes et se tromper volontairement ; il peut, avec le temps, apprendre à aimer les chaînes qui, contrairement aux droits de sa nature, Tentourent et le lient, il peut les armer et les recouvrir de fleurs et ce qui se produit pour sa raison faussée, se produit aussi pour sa liberté, effrénée ou comprimée. Le rapport des forces et des penchants est, dans la grande majorité des hommes, tel qu'il a été établi par la puissance de l'habitude ou des convenances. Il est rare que l'homme s'arrête à ces choses et souvent il devient pire que l'animal lorsque des penchants abjects ou des habitudes honteuses se tiennent sous leur joug.

Cependant c'est encore un roi qui jouit de sa liberté alors même qu'il en fait le plus mauvais usage. Son choix est encore libre , quand même ce serait pour choisir le mal ; il est son propre chef et il peut de sa propre volonté, se livrer aux excès les plus condamnables. Aux yeux de celui qui voit tout et qui lui a fait don de ces pouvoirs , sa liberté et sa raison ont des bornes et cela est heureux, car celui qui a fait jaillir la source d'où elles découlent a sans doute prévu leur pente et la direction qu'il doit leur imprimer pour que le torrent, même débordé, ne puisse échapper à sa puissance. Mais cela ne fait naitre aucun changement ni dans la chose elle-même, ni dans la nature de l'homme ; il est et demeure en soi une créature libre, quoique la bonté, qui embrasse tout, l'embrasse même dans ses folies et la fasse tourner à son propre profit et au bien général. Gomme aucun projectile, chassé en avant, ne peut s'échapper de l'atmosphère terrestre et qu'il ne peut tomber qu'en vertu d'une loi uniforme de la nature, de même l'homme, qu'il verse dans l'erreur ou qu'il soit dans le vrai , qu'il tombe ou qu'il s'élève, est encore l'homme, faible, à la vérité, mais né libre; s'il n'est pas raisonnable , il est susceptible d'une raison supé-

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rieure; s'il n'est pas eneorô eûtiërement formé à rhutnâucLité, il 6st au moins en état de ratteindre. Le cannibale de la Nouvelle Zélande et Fénelon, le malheureux habitant de la Terre de Feu et Newton, sont des créatures d'une seule et même race.

Il semble, en effet, que ces dons de la pensée devaient sé produire sur notre terre, avec la plus grande variété possible et il y a évidemment des degrés progressifs depuis l'homme qui se rapproche le plus de ranimai, jusqu'au génie le plus élevé de la race humaine. Gela doit-il nous étonner quand nous voyons cette immense et constante gradation dans les animaux qui nous sont inférieurs et la route si longue que la nature a dû prendre pour déposer organiquement en nous le germe fécondant de la fleur de la raison et de la liberté? Nous sommes portés à croire que tout ce qui pouvait exister sur notre terre existe réellement, mais nous ne pourrons suffisamment démon^ trer l'ordre et la sagesse qui président à l'arrangement de ce vaste univers que lorsque, plus avancés de quelques degrés, nous découvrirons le but que poursuivait ta nature en faisant naître telle variété dans son riche domaine. Ce qu'il y a d'abord à remarquer ici, ce sont les lois qu'a imposées la nécessité, car la terre tout entière, même dans ses déserts les plus éloi^ gnés, devait être peuplée et celui qui recula ainsi ses limites est seul en état de dire pourquoi il plaça sur ce globe les habitants de la Terre de Feu et de la Nouvelle Zélande. Le contemp*teur le plus acharné de la race humaine ne peut se refuser à reconnaître que si des branches sauvages et stériles s'élèvent de l'arbre de la vie humaine, d'autres se sont élancées qui, éclairées par la lumière de la raison et de la liberté et échauffées par les célestes rayons du soleil, ont produit des fruits magnifiques et savoureux. Il faut que l'histoire vienne nous le confirmer, pour pouvoir croire jusqu'à quelles hauteurs s'est élevé la raison humaine, cherchant non seulement à

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découvrir, mais à imiter et à suivre la divinité créatrice et conservatrice de toutes choses. Dans ce chaos des êtres que ses sens lui ont révélés, Thomme a cherché et il a découvert ru&ité et l'intelligence et les lois de Tordre et de la beauté. Quant à ces forces les plus cachées, dont l'essence interne lui échappe, il a étudié leurs manifestations extérieures, leur mouvement , leur nombre , leur mesure , leur vie, leur être, partout où il a reconnu leur action, dans le ciel ou sur la terre. Tous ces essais, même quand ils reposent sur une base fausse ou qu'ils sont enfantés par ses rêves, sont des preuves de sa majesté, de sa grandeur, de son origine céleste. L'être qui a tout créé, a jeté dans notre faible organisation un rayon de sa lumière, une émanation de son essence; et quelque humble que soit l'homme, il a le droit de se dire à lui-même : « J*ai quelque chose de commun avec Dieu ; je possède des facultés que TÉtre supr^e, que je connais dans ses œuvres, doit aussi posséder, car il les a manifestées dans tout ce qui m'environne. » Sans doute que cette ressemblance est le but de sa création terrestre. Il ne pouvait produire rien de pluç parfait sur cette scène du monde, mais il n'a pas négligé de s'élever jusque-là et de porter à ce point extrême la série de ses organisations. De là vient l'uniformité de la progression au milieu de la variété des formes.

La liberté a, au même titre, porté de nobles fruits et bien mérité des hommes et parce qu'elle a rejeté loin d'elle, et par ce qu'elle a recherché. Si les hommes n'ont pas voulu se soumettre au joug d'un instinct aveugle pour s'enchaîner volontairement dans les liens du mariage, de l'amitié, de la fraternité et de la fidélité dans la vie et dans la mort; s'ils ont incliné leurs volontés propres devant l'empire des lois ; s'ils ont établi et scellé de leur sang l'autorité légale, encore si imparfaite, de l'homme sur l'homme; si de nobles cœurs se sont sacrifiés

pour leur pays ; si non seulement ils ont perdu leur vie dans la tourmente d'un moment, mais, sacrifice bien plus noble encore, si pendant le jour et pendant les mois et les années de leur existence entière, ils n'ont eu qu'un but, dans ce travail sans relâche de toute une vie, celui de préparer, au moins dans leur esprit, la paix et le bonheur d'une foule aveugle et ingrate ; si des philosophes, brûlant du désir ardent et glorieux de répandre la vérité, la liberté et le bonheur dans l'espèce humaine, ont bravé de leur propre gré, la calomnie et les persécutions, la pauvreté et le besoin ; s'ils n'ont eu qu'une pensée, faire jouir leurs frères du bien sublime dont ils sont susceptibles; certes ce sont là d'immenses vertus qui attestent la puissance de cette destinée intérieure qui est nôtre et qui nous est inhérente et qui, seules, sont capables d'expliquer ces phénomènes de la vie humaine. Il est vrai qu'il est très limité le nombre de ceux qui se sont ainsi distingués de la masse et qui, semblables à des médecins bienfaisants, se sont élevés à des actions que l'instinct seul ne leur eut pas indiquées : mais cette petite pléiade, a été la fleur de l'espèce humaine, les fils libres et immortels de Dieu sur la terre et le nom d'un seul d'entre eux domine de plus haut ceux d'un million d'autres.

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