‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 74 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L HOMME EST FORMÉ POUR I^'hUMÀMITÉ DE LA RELIGION.

Je voudrais pouvoir embrasser dans ce mot humanité, tout ce que j'ai dit jusque maintenant de Thomme et de sa noble nature si bien appropriée à la raison et à la liberté, de ses sens et de ses penchants si parfaits, de sa santé en même temps délicate et forte et de la haute mission qu'il a reçue de gouverner la terre ; car l'homme n'a pas de terme plus majestueux pour représenter ^ destination que le terme qui le représente lui-même, lui, en qui l'image du Créateur est aussi manifestement empreinte qu'elle peut l'être sur cette terre : et pour montrer quels sont ses plus nobles devoirs, il n'est besoin que d'esquisser sa forme.

1<> Tous les instincts d'un être vivant peuvent se ramener à la eooservation de soi-même et à des rapports de participation à u&e destinée autre que la sienne. La structure organique de l'homme, pour peu qu'une direction supérieure vienne s'y ajouter, doue ses instincts d'une délicatesse excessive. Gomme la ligne droite est la plus solide, de même l'homme, dans son attitude droite, présente au dehors la plus petite circonférence et au dedans le mouvement le plus varié et le plus rapide. Sa

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base est étroite et ainsi il peut plus facilement couvrir ses membres; son centre de gravité tombe entre ses hanches, plus fortes et plus souples que celles d'aucune créature terrestre, car nul animal ne déploie dans ces parties autant de force et de mobilité

que l'homme. Sa poitrine aplatie et puissante, ses bras merveilleusement placés lui permettent de défendre son cœur et les parties qui l'entourent et de protéger, depuis la tète jusqu'aux genoux, les parties vitales les plus nobles. Ce n'est pas une fable que des hommes ont lutté avec des lions et sont sortis vainqueurs de la lutte et l'Africain, lorsqu'il joint la prudence et l'adresse à la force, ose même s'en prendre à plusieurs d'entre eux. Il est vrai de dire toutefois, qu'en raison de sa structure, l'homme est fait bien moins pour l'attaque que pour la défense : dans l'attaque il doit appeler l'art à son secours, dans la défense il est la créature la plus puissante de la terre. Sa forme donc, tout d'abord, lui commande de vivre en paix et de s'abstenir de meurtre et de rapines — tel est le premier caractère de l'humanité.

2« De tous les instincts qui se reportent sur autrui, le plus puissant est le désir des sexes et encore est-il, chez l'homme, subordonné au caractère de l'humanité. Ce qui chez les quadrupèdes, même chez le chaste éléphant, n'est que copulation, est, chez lui, en raison de sa structure, baiser et embrassement. Aucun animal n'a les lèvres de l'homme ; c'est la partie du fruit la plus lente à se former dans le sein maternel et la dernière trace du doigt de l'amour semble se reconnaître sur ces lèvres intelligentes. On ne peut appliquer à aucun animal cette expression la plus pudique des langues de l'antiquité : qu'il connut sa femme. Les anciennes fables disent bien que les deux sexes, d'abord réunis dans un même sujet et formés en hermaphrodites comme dans les fleurs, furent séparés dans la suite, mais cette poétique fiction et d'autres semblables, voulaient seulement

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