LIVRE IV. — CHAPITRE VI
établir, sous la forme allégorique, la supériorité de l'amour de niomme sur celui des animaux. Bien que les observations que Ton a faites à cet égard sur les révolutions du corps humain, ne soient pas très précises, la preuve évidente que l'homme n'est pas l'esclave de la nécessité, mais qu'il cède à l'attrait de la sympathie, c'est que chez lui l'amour n'obéit pas aux lois des saisons, ainsi que cela a lieu chez les animaux. Guidé par la raison, il doit, comme tout ce qui touche à l'homme et lui appartient, suivre les commandements d'une tempérance volontaire. Ainsi l'amour dans l'homme devait être humain et c'est pour cela que la nature, en dehors de ses formes, a déterminé le développement tardif, la durée et les rapports des désirs dans les deux sexes; c'est pour cela aussi qu'elle l'a rangé sous la loi dune alliance volontaire; d'une douce communauté de deux êtres qui se sentent unis en un seul pour la vie.
3° Comme, excepté l'amour partagé, toutes les affections tendres se contentent de la participation, la nature, pour faire de l'homme la créature la plus propre à participer à toutes les impressions, lui a donné d'abord une individualité très prononcée et ensuite une organisation conforme à chaque partie du domaine de la création afin de mettre ses sensations en rapport avec celles de chacune de ces parties. Ses fibres ont une structure si fine, si délicate, si élastique , ses nerfs sont distribués avec tant d'art sur chaque partie de son être vibrant que, semblable à la divinité qui sent tout, il peut, pour ainsi dire, se mettre à la place de chaque créature et mettre ses sensations en harmonie avec les siennes et cela sans que son organisme en soit afibcté le moins du monde et même sans qu'on puisse concevoir la crainte de le voir se déranger. Ainsi même notre machine, en tant qu'elle est un arbre élancé et fleuri, sent avec les arbres et il est des hommes que le spectacle d'un jeune arbre que la hache a renversé, plonge dans la douleur. La cime
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flétrie et couchée dans la poussière , sa fleur qui se fane font mal à voir. Ce n'est pas sans pitié que les regards d'un homme compatissant s'arrêtent sur les convulsions d'un ver écrasé qui »e tord dans une mortelle agonie et plus une créature est parfaite, plus son organisation se rapproche de la nôtre, plu^ grande est la sympathie qu'excitent en nous ses souffrances. Il doit avoir des nerfs bien puissants celui dont la soif insatiable de la gloire et de la science ont assez amorti la sensibilité organique pour lui permettre d'ouvrir de sangfroid une créature vivante et d'examiner ses mouvements convulsifs. Plus tendres et plus sensibles que nous, les femmes ne peuvent même supporter la vue d'un cadavre qu'on dissèque ; elles souffrent dans chaque membre à mesure que le scalpel s'avance et plus la partie attaquée est noble et sensible, plus aiguë est leur souffrance. Le dégoût et l'horreur naissent au spectacle des entrailles arrachées, du cœur percé , des poumons séparés et du cerveau mis en pièces et nos membres frissonnent comme si la pointe de l'instrument les avait touchés. Nos sympathies suivent un ami jusque dans la mort; le froid de la tombe qu'il ne sent plus, nous pénètre et nous tremblons rien qu'en touchant ses os. C'est ainsi qu'elle a sympathiquement combiné l'organisme humain, cette bonne mère commune qui fait naître toutes choses de sa propre substance et qui a pour toutes choses la sympathie la plus intime. Ses fibres vibrantes, ses nerfs sympathiques n'attendent pas l'ordre de la raison ; ils le précèdent et souvent lui désobéissent aveuglément. Des relations avec des fous pour lesquels nous ressentons quelque affection, provoquent en nous la folie, avec une force d'autant plus prompte que nous la redoutons davantage. C'est une chose remarquable que la compassion est beaucoup plus puissamment excitée et augmentée par l'oreille que par l'œil.
Les gémissements d'un animal , les cris que lui arrache la