‹ Philosophie de l'histoire de l'humanité (volume 2)Chapitre 77 sur 132 · LIVRE IV. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VI

aux années de la jeunesse une assez longue durée. De tendres liens unissent entre eux les membres de la famille afin de les empêcher de se diviser et de s'oublier, comme les animaux qui sont promptement formés. Le père est maintenant le précepteur de son fils, ainsi que la mère l'a été de son jeune nourrisson et ainsi se produit un nouveau lien de l'humanité. Telle est la base indispensable d'une société humaine sans laquelle l'individu ne pourrait se développer ni l'epèce se propager. L'homme est donc né pour la société, c'est ce que lui indiquent clairement l'affection de ses parents et son développement si lent pendant les années de l'enfance.

5^ Mais comme la sympathie pure de l'homme ne peut pas s'étendre à l'infini et qu'elle ne serait souvent pour lui, comme pour tout être renfermé dans des limites précises, qu'un guide peu sûr et parfois impuissant, la nation, juste appréciatrice de toutes choses, a soumis son être si compliqué à une règle infaillible, à la règle de la vérité et de la justice. L'homme a été créé droit et comme dans sa forme tout est subordonné à sa tête, comme ses deux yeux ne voient qu'un objet, que ses deux oreilles ne perçoivent qu'un son ; comme la nature a combiné à l'extérieur la symétrie avec l'unité et a posé l'unité au centre où viennent aboutir toutes les parties doubles, de même cette grande loi de la justice et de l'équité est la règle interne de l'homme : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit, et faites aux autres ce que vous voudriez qui vous fût fait. » Cette règle imprescriptible est même inscrite dans le cœur du cannibale, car, s'il mange ses ennemies, il s'attend aussi à être mangé à son tour. C'est la règle du vrai et du faux, de Vident et idem qui est basée sur la structure de nos sens, et même — on peut le dire — sur l'attitude droite de l'homme. Si nous ne voyions qu'obliquement, ou si la lumière tombait obliquement, nous n'aurions aucune idée de la ligne

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droite. Si notre organisation était sans unité , si le jugement nous manquait, toutes nos actions suivraient une courbe, dévieraient de la règle et la vie humaine serait privée de raison et de buté C'est la loi de la justice et de la vérité qui fait les alliés fidèles, les frères dévoués, et lorsqu'elle l'emporte dans le cœur de l'homme, elle est assez puissante pour changer les ennemis en amis. Celui que je serre sur ma poitrine, me serre aussi sur la sienne, celui pour qui j'expose ma vie, expose également la sienne pour moi. La ressemblance dans les sentiments, l'unité de but dans une association, la fidélité à la foi jurée, tels sont les principes sur lesquels sont établies les lois de l'homme, celles des nations et des animaux. Oui! des animaux : car les lois de la justice guident aussi les animaux qui vivent en société et les hommes qui emploient la force ou la ruse pour briser ces règles, sont les créatures les plus abjectes de toutes, alors même qu'ils seraient les rois et les monarques de la terre. La raison et l'humanité ne se peuvent concevoir sans la vérité et la justice la plus intègre.

6^ Cette attitude droite de l'homme, si belle et si noble, le forme peu à peu à l'idée des convenances morales et physiques, car ces convenances sont placées sous la douce dépendance de la vérité et de la justice. Les convenances des corps consistent à rester tel qu'il doit être, tel que Dieu l'a formé. La véritable beauté n'est autre que l'expression de l'accord de la perfection interne et de la santé. Qu'on se figure cette image divine de l'homme défigurée par TeAet de la négligence ou par celui d'un art faux ; ses beaux cheveux arrachés ou entremêlés sans ordre ; le nez et les oreilles percés ou allongés par force ; le cou et les autres parties du corps déformés, soit par eux-mêmes, soit par les vêtements qui les couvrent ; qu'on se la figure telle et il ne sera plus possible, alors même que la mode sei^it la maîtresse la plus capricieuse, de r^rouver les convenances de la figure

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