LITRE IV. — CHAPITRE VI
une créature si élevée que, même sans les connaitre ou les comprendre, il cherche les causes des effets, il devine leur enchaînement et finit par te découvrir toi-même, toi Tenchaînement suprême de toutes choses, TÊtre des Êtres ! Le secret de la nature intime lui échappe avec Tessence de tes pouvoirs et lorsqu'il a voulu te donner une forme, il s*est trompé et il devait se tromper car tu n'as pas de forme, bien que tu sois la première et l'unique cause de toutes les formes. Néanmoins dans ce tableau menteur qu'il fait de toi, il y a cependant encore un rayon de vérité et cet autel trompeur qu'il t'a élevé est l'impérissable monument qui consacra non seulement la vérité de son existence, mais encore le pouvoir que l'homme a de te connaître et de t'adorer. Ainsi la religion, considérée seulement comme exercice de l'intelligence est la forme la plus élevée de l'humanité, le fruit le plus précieux de l'âme humaine.
Mais il ne faut pas la considérer simplement à ce seul point de vue car elle est encore un exercice du cœur humain et la direction la plus pure de ses capacités et de ses forces. Si l'homme est créé pour la liberté et sans devoir obéir à aucune autre loi terrestre que celle qu'il s'impose lui-même, il doit devenir la plus sauvage des créatures, s'il ne cherche pas à reconnaître la loi de Dieu dans la nature et si, enfant soumis, il ne se s'efforce pas d'imiter les perfections de son père. Les animaux sont des esclaves nés dans la grande famille terrestre, et la crainte servile des lois et des châtiments est chez l'homme le signe le plus manifeste d'une abjecte dégradation. L'homme, dans la vérité de l'expression, est libre et n'obéit qu'à la bonté et à l'amour ; car toutes les lois de la nature, dont il peut pénétrer les tendances, sont bonnes ; quant à celles dont les tendances lui échappent, il apprend à les suivre avec la simplicité d*un enfant. Que tu les suives, volontairement ou non, ton