LIVRE XIV. — CHAPITRE II
magiques, qui ont subjugué le monde et qui finirent par faire le malheur des Romains eux-mêmes. Examinons maintenant dans Ta constitution romaine quelques points principaux d'où la destinée de Rome semble s'élancer comme Tarbre s'élance de sa racine.
1^ Dès r origine le sénat romain, aussi lien, que le peuple, est imbu de V esprit militaire \ en cas de nécessité^ Rome trouvait un soldat dans chacun de ses citoyens. Le sénat était une assemblée délibérante, mais, des patriciens qui le composaient, sortaient les généraux et les ambassadeurs : tout citoyen libre appartenait à Tannée depuis Tâge de dix-sept ans jusqu'à sa quarante-sixième ou sa cinquantière année. Celui qui n'avait pas fait dix campagnes ne pouvait aspirer aux fonctions élevées de la république. De là l'esprit politique des Romains sur le champ de bataille et leur esprit militaire dans l'État. Ils ne délibéraient que sur des choses qu'ils connaissaient et, pour eux, résoudre c'était agir. Les ambassadeurs romains inspiraient du respect aux rois, car ils pouvaient se faire suivre d'une armée et décider du sort de leurs royaumes aussi bien dans le sénat que sur le champ de bataille. Les centuries les plus élevées étaient loin d'être composées d'une foule grossière ; au contraire, ceux qui en faisaient partie étaient des propriétaires, tous aussi au courant des affaires de la guerre que des affaires étrangères ou domestiques. Les suffrages des centuries les plus inférieures avaient peu de valeur, et même dans les temps où la guerre était la plus active, elle ne fut pas admise à faire partie de l'armée.
2^^ L'éducation des Romains^ surtout dans les familles nobles, était dirigée dans ce but. Us s'exerçaient à délibérer, à parler, à donner leur suffrage, à émouvoir le peuple; de bonne heure ils allaient à la guerre, où ils se frayaient la voie des triomphes, des. honneurs et des fonctions civiles. De là le caractère distincUf de leur histoire, de leur élo-
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quence, de leur jurisprudence, de leur religion, de leur philosophie et de leur langage; tout y respire un génie politique dévoré d*actiyité, un courage i&âle et aventureux, joint à la politesse et à Thabileté de Thomme fait. On ne pourrait s'imaginer de contraste plus frappant dans Thistoire des siècles qu'en comparant Thistoire et Téloquence de Rome à Téloquence et à Thistoire de la Chine ou de la Judée; de même l'esprit de Rome se séparait de l'esprit de la Grèce, sans en excepter Sparte elle-même, car elle avait ime nature plus rude, des habitudes plus anciennes, des principes plus fixes. Le sénat romain ne mourait pas; ses résolutions, ses maximes, le caractère romain dont il avait hérité de Romulus, furent étemels.
3^ Les généraux romains arrivaient souvent au consulat^ dont les pouvoirs civils et militaires ne duraient qtiuns année. Aussi s'empressaient-ils de triompher et leurs successeurs brûlaient de marcher sur leurs traces glorieuses l De là les progrès et le nombre presque incroyable des guerres romaines; l'une succédait à l'autre; une seconde en amenait une troisième. On savait se ménager de loin l'occasion d'en entamer de nouvelles, lorsque celles entreprises seraient terminées, et on amassait ainsi un odieux capital de sang, de rapines et de gloire. De là ce touchant intérêt que les Romains déployèrent sans cesse à l'égard des nations étrangères : ils avaient ime main dans toutes les ajBfaires et, certes, ce n'était pas par amour de l'humanité; alliés, protecteurs, arbitres obligés de tous les différends du monde, leur'amitié était une tutelle, leur avis un ordre, leur décision la guerre ou l'esclavage. Non ! jamais on ne vit un orgueil plus froid, une impudenèe plus insultante que celle de ces Romains qui se figuraient que l'univers était fait pour eux et qu'il n'appartenait qu'à eux.
,4® Le soldat romain partageait la gloire et la récompense de ses chefs. Dans les premiers temps de la république,