LIVRE XVII. - GHÂPITflB II. i$T
de la Grèce ou de Rome. Les nestoriens, dont l'action fut si grande, ne formaient pas un peuple* une race jaillie du sol même, c'étaient des chrétiens, des moines. Ils pouvaient bien enseigner leurs langues, mais quel usage en faire ? à des liturgies, des commentaires de TÉcriture, des rituels pour les cloîtres, des sermons, des controverses, des chroniques, à une poésie dépourvue de sens. Aussi, dans toute la littérature syriaque-chrétienne, ne trouvet-on pas une seule étincelle de cette flamme vivante qui s'élève de l'âme qu'elle réchauffe ; de pauvres et froides combinaisons, des généalogies, des chroniques; des sermons en vers : voilà leur poésie. Dans toutes les sciences auxquelles ils se sont adopmés, ils n'ont fait preuve d'aucun esprit de découverte, et d'originalité. Triste preuve du peu de pouvoir du génie monacal de l'ascétisme et de la polémique, malgré sa haute et artificieuse prudence. Dans toutes les parties du monde il s'est montré sous cette forme stérile : ainsi règne-t-il encore sur la montagne du Thibet, où l'institution de ses ordres superstitieux ne laisse pas voir la moindre trace de libeité ni d'invention. La plupart du temps, ce qui vient du cloître n'est fait que pour le cloître.
Il est, par conséquent, plusieurs provinces de l'Asie chrétienne que l'histoire doit se borner à traverser. Le christianisme parvint de bonne heure en Arménie, et l'antique langue si remarquable de cette contrée s'enrichit d'un alphabet, de deux ou trois traductions de l'Écriture et d'une histoire arménienne. Mais ni Misrob avec son alphabet, ni son disciple Moxès, de Chorène (1), avec son histoire, ne purent donner à ce peuple ime littérature ou une législation nationale. L'Arménie était forcément le passage
(1) Wbifiton, Avant'Propoi à Vhisloire de V Arménie, par Mosé de Chorené, 1736, Schrœder, Thesaur. Ung. armen, diss., p. 62.
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des peuples conquérants; saccagée jadis par les Perses, les Grecs, les Romiins, elle le fut depuis par les Arabes, les Turcs, les Tartares, les Kurdes. Aujourd'hui encore, à la vérité, leurs habitants se livrent à leur ancienne occupation de commerce ; mais jamais un établissement scientifique ou politique ne put prendre racine sur ce sol, ni avant, ni après le christianisme.
Le sort de la Géorgie chrétienne fut plus triste encore. Vous avez là des églises et des cloîtres, des patriarches, des évêques et des moines ; les femmes y sont admirables de beauté-, les hommes d'une bravoure à toute éprouva^ et avec cela, le père vend son enfant, l'homme sa femme, le prince ses sujets, le dévot son prêtre. Singulier christianisme que celui que professent ces bandes joyeuses de brigands sans foi ni loi I
L'Évangile fut également traduit de bonne heure en arabe, et plusieurs sectes chrétiennes se sont donné beaucoup de peine pour convertir cette belle contrée ; souvent les juifs et les chrétiens s'y firent endurer de mutuelles persécutions ; mais bien que chacun de ces deux partis ait parfois porté un roi au trône, jamais on tm vit l'un d'eux y produire quelque œuvre remarquable. Tout tomba devant Mahomet, et de nos jours, on ne rencontre plus une seule société chrétienne en Arabie où subsistent pourtant encore des tribus entières de juifs. Trois religions, nées l'ime de l'autre, gardent ainsi, sous l'influence d'ime haine mutuelle, le sanctuaire de leur naissance dans les déserts de l'Arabie (1 ).
Voulons-nous maintenant embrasser d'un coup d'œil général l'action du christianisme sur les provinces asiatiques, nous devons alors rechercher d'abord quels avan-
(1) On trouvera dans les Vùyagei de Bruce en Ahyssime une histoire trés-intéressaute du Christianisme dans ces contrées. '