LIVRE XVII. — CHAPITRE II. Ig
tages Tinfluence religieuse pouvait apporter à cette partie du monde.
1® Le christianisme a évidemment travaillé en silence à établir un royaume du ciel sur la terre, c'est-à-dire im meilleur ordre de choses pour le bien des peuples, mais . cette fleur idéale, cet état suprême, on n'a pu l'apercevoir nulle part, même de loin, ni en Europe, ni en Asie^ Syriens et Arabes, Arméniens et Persans, Juifs et Druses, tous sont restés ce qu'ils étaient. Aucune des institutions de ces contrées ne peut se vanter d'être la fille du" christianisn;ie. lors même qu'on serait disposé à considérer la vie d'anachorète, le monachisme et la hiérarchie qui en résulte, avec leurs insatiables convoitises, comme le type véritable d'un état chrétien. Les patriarches et les évoques envoyèrent çà et là des missions pour agrandir leurs sectes et pour étendre leurs diocèses et leur puissance ; ils recherchèrent la faveur des. princes, afin de pouvoir s'immiscer dant les afiFaires publiques et d'en obtenir ou des cloîtres ou des communautés. Les partis étaient en lutte continuelle et cherchaient réciproquement à s'arracher la suprématie ; c'est ce qui se passa longtemps entre les juifs et les chrétiens, les nestoriens et les monophysites ; entretemps, aucun d'eux ne songeait à agir franchement, librement, pour le bien d'un État ou d'une contrée. Le sacerdoce de l'Orient, qui eut toujours quelque chose de monacal, voulait servir Dieu et non les hommes.
2® Ilea^iste trois moyens d'action sur les hommes : l'instruction, l'autorité, les cérémonies ou culte religieux. De ces trois moyens, le premier est le plus pur, le plus légitime et aussi le plus efficace. L'éducation de la jeimesse et de l'âge mûr, lorsqu'elle embrasse les devoirs et les occupations les plus essentielles de l'homme, ne peut avoir pour résultat que de maintenir ou de répandre une très- :<grande somme de principes utiles à l'ordre social : le
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christianisme peut revendiquer la gloire incontestable d'en avoir popularisé un grand nombre dans beaucoup de contrées, Par les homélies, les catéchismes, les hymnes, les professions de foi et les prières, les idées de Dieu et de la morale se répandirent parmi les peuples, qui arrivèrent peu à peu à lart de l'écriture et aux lettres humaines par des commentaires et des traductions des livres saints ; et comme les nations étaient encore plongées dans un tel état d'enfance, qu'elles ne pouvaient saisir que des fables, au moins fut-ce une fable sainte qui se renouvela parmi eux. Il est donc évident que tout dépendait et du maître et de l'objet de son enseignement; comme alors la question revêt de nouvelles formes suivant les personnes, les peuples, les temps et les contrées, il en résulte que nous ne pouvons examiner que ce qui devait être enseigné, ou plutôt la doctrine dominante de l'Église. Dans la crainte que lui causait la témérité ou l'incapacité de plusieurs de ses docteurs, elle tendait à la brièveté et se renferma dans une sphère étroite. Elle courait ainsi un danger, celui d'épuiser rapidement ses sujets de doctrine qu'elle devait reprendre sans cesse et de voir ses ministres, la religion des ancêtres ayant perdu, après quelques générations, tout le prestige de la nouveauté, s'écarter d'une doctrine vieilUe qui n'avait plus de sens pour eux. Aussi, arrivat-il la plupart du temps que les missions chrétiennes n'obtinrent de succès qu'à leur début; un nouveau flot vint bientôt se confondre avec le premier et lui enlever de sa force, en sorte que tout finit par se perdre dans le courant habituel et paisible des cérémonies du culte. On cherchait, par la multiplication de rites extérieurs, à remplacer la vie «t la doctrine : c'est ainsi que se forma le cérémonial, mannequin vide qui, sans tête comme sans âme, se tenait immobile sous ses pompeux habits de fête. Cette invention iivait cela de commode, et pour le maître et pour le dis-