LIVRE XVII. — CHAPITRE
qui reposaient dans les temples. Tous ceux qui voulaient s'instruire se rendaient alors à Edesse, où Ton arrivait de toutes les parties du monde. Outre la théologie chrétienne, on y enseignait les beaux-arts en langue^grecque et syriaque, de sorte qu'elle fut probablement la première université chrétienne du monde. Elle florissait déjà depuis c[uatre siècles, lorsque les querelles soulevées par les doctrines de Nestorius qu'elle défendait firent proscrire ses professeurs et fermer ses écoles. Ensuite leô lettres syriaques s'étendirent non-seulement en Mésopotamie, en Syrie, en Palestine, en Phénicie, mais jusqu'en Perse, où elles furent parfaitement accueillies. Il y eut même un pape nestorien qui régna sur tous les chrétiens de cette contrée, et plus tard sur ceux d'Arabie,»de l'Inde, de la Mongolie et de la Chine. Maintenant, il nous est impossible de décider s'il fut le même que le célèbre Priire-Jean (Près-Tadschani, prêtre du monde) qui fait l'objet de tant de merveilleux récits du moyen âge, ou si, par un singulier mélange de doctrine, c'est lui qui fit naître le grand Lama (1). Il nous suffit de savoir qu'en Perse on recherchait de préférence les nestoriens pour remplir les fonctions de médecins, d'ambassadeurs, de ministres; les écrits des chrétiens furent traduits en persan, et le syriaque devint la langue savante du pays. Lorsque l'empire de Mahomed s'éleva, surtout sous les successeurs, les Ommiades, les nestoriens furent revêtus des plus hautes charges de l'Etat et devinrent vice-rois des provinces conquises. Depuis l'établissement des califes à Bagdad, et même lorsqu'ils durent ' ^transporter leur séjour à Samara, le patriarche des nestoriens partagea leur autorité. Sous Al-Mamon, qui chercha
(4) Fischer, dans son Introduction à VHistoire de la Sibérie (g 38), a rendu cette opinion très-acceptable. D-autres sont pour le Ung-Kan, le Kan des Kera'ites. Voy. Koch, Table de révolutions.
à répandre rinstruction parmi le peuple et appela dans Tacadémie de Bagdad des médecins, des astronomes, des philosophes, des naturalistes, des mathématiciens, des géogra* phes et des annalistes, les Syriens furent les condisciples et les maîtres des Arabes. Ils mirent ime noble émulation à traduire en arabe les ouvrages des Grecs, dont plusieurs existaient déjà ^i syriaque; et si plus tard la Jumière qui devait éclairer l'Europe partit de l'Arabie, c'est en grande partie aux chrétîehs de Syrie qu'on le doit. Leur langue, qui de tous les dialectes orientaux de cette partie du monde fut la première à employer les lettres voyelles, est aussi celle qui peut se fiaire gloire de posséder les plus anciennes et les plus belles traductions du Nouveau- Testament : c'est encore par elle que les sciences grecques furent transportées en Asie, d'où les Arabes les ramenèrent en Europe. Favorisées par de semblables circonstances, les missions nestoriennes s'étendirent fort loin, lorsqu'elles ne furent pas opprimées ou chassées par d'autres sectes chrétiennes. Elles eurent encore beaucoup d'influence sous les Dschengiskanides ; leurs patriarches accompagnaient souvent le Khan dans ses expéditions, et leurs doctrines se répandirent jusque chez les Mongols, les Iguriens et d'autres peuples tartares. Samarkande devint une métropole, Cashgar et d'autres villes eurent des évèques, et si le célèbre monument chrétien de la Chine est authentique, on y trouve ime chronique entière des émigrations des prêtres du Tacin. Si, à côté de cela, on considère que sans l'assistance anticipée du christianisme, la religion mahométane ne se serait jamais produite telle qu'elle est, on doit reconnaître que ce premier levain a imprimé une grande impulsion au génie de presque toute l'Asie, du midi jusqu'au nord.
Il ne faut cepaidant pas s'attendre à vpir sortir de cet ^ébranlement soudain im nouveau monde semblable 'à celui