‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 108 sur 208 · LIVRE XVII. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CHAPITRE III

années n'a encore aucune idée du rôle que la religion et les gouvernements doivent jouer parmi les hommes. C'est à lui que nous devons ce pieux et impérial arbitraire dans les lois, cette humilité et cette flexibilité toute chrétienne qui devait bientôt dégénérer en un épouvantable despotisme (1). De là les vices et les corruptions de cette infâme période byzantine ;• de là cet encens vénal brûlé devant le plus mauvais des empereurs chrétiens ; de là ce déplorable chaos dans lequel se trouvèrent si longtemps les choses spirituelles et temporelles, Fhérésie et l'orthodoxie, les barbares et les Romains , les généraux et les eunuques , les prêtres et les femmes, les patriarches et les empereurs. Le royaume n'avait plus ni principes ni bases; le vaisseau, balloté par les flots, n'avait plus ni agrès ni pilote; le gouvernail était à celui qui pouvait s'en emparer. vous, anciens Romains, Sextus, Caton, Cicéron, Brutus, Titus, et vous, Marc- Antonin, qu'eussiez-vous dit de cette Rome Douvelle, de cette cour impériale de Constantinople, depuis son origine jusqu'à sa chute?

Et l'éloquence de cette Rome impériale et chrétienne, peut-on la comparer à l'éloquence antique des Grecs «et des Romains ? Des hommes vraiment divins, des patriarches, des évoques, des prêtres s'y firent entendre; mais à qui s'adressaient-ils et sur quels objets parlaient-ils? Une foule abrutie, corrompue, sans frein, voilà ceux auquels ils prêchaient le règne du ciel, les nobles maximes de l'homme juste, qui déjà s'était trouvé seul dans son temps et n'eut jamais rien de commun avec une semblable populace. Il était bien plus intéressant d'écouter l'orateur lors-

(1) Au sujet (le la période qui suivit la conversion de Constantin, voir VHistoire des changements dans le gouvernement, les lois et la pensée humaine, jusqu^à la chute de V empire â^Occident, histoire écrite avec beaucoup d'habileté et de pénétration, par un anonyme français, n en a paru une traduction allemande à Leipzig en, 1784.

qu'il s'élevait contre Tinfamie des cours, les cabales des hérétiques, des évêques, des prêtres, des moines, ou contre les grossières voluptés des spectacles, des jeux, des fêtes, contre le luxe des femmes. Combien je regrette, illustre Chrysostome à la bouche d'or, que les flots merveilleux de ton éloquence ne soient pas tombés dans de meilleurs temps I Tu quittas la solitude dans laquelle tu avais coulé tes plus beaux jours, pour venir chercher l'amertume et le trouble dans la brillante métropole. Ton zèle apostolique s'égara dans une fausse voie ; enveloppé dans la tourmente soulevée par la cabale des palais et du sacerdoce, chassé et rappelé tour à tour, tu mourus enfin dans la misère. Tel fut le sort de plusieurs hommes justes dans cette cour licencieuse; et ce qu'il y a de plus triste, c'est que leur zèle ne fut pas toujours exempt de fautes. Comme celui qui vit au milieu d'un air pestilentiel, s'il échappe à la contagion, montre au moins un visage blême et des membres affaiblis, de même ici on vivait au milieu de trof> de dangers et de corruption pour qu'une prévoyance ordinaire pût s'y soustraire. D'autant plus dignes d'admiration sont le'fe noms des généraux, des empereurs ou des évêques, des patriarches et des hommes d'État, qui brillent comme de rares étoiles dahs ce ciel sulfureux et sombre; mais souvent aussi le nuage dérobe leurs formes à nos yeux.

Si maintenant nous nous arrêtons au goût qui dominait alors dans les sciences, les arts et les institutions morales de ce premier et grand empire chrétien, nous ne trouvons rien autre chose que ce luxe misérable qu'on doit traiter de barbare. Depuis les temps de Théodose, lorsqu''au sein du sénat romain, et en face de la déesse de la Victoire, on vit Jupiter et le Christ se disputer la possession de l'empire romain, et que Jupiter perdit sa cause, tous ces grands monuments qui rappelaient le goût élevé de l'antiquité, les temples, les statues des dieux s'écroulèrent brusquement

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