‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 110 sur 208 · LIVRE XVII. — CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CHAPITRE lU

ment. Les Russes, les Bulgares et d'autres peuples slaves furent convertis par Constantinople à la religion et aux mœurs chrétiennes d'une manière beaucoup plus douce que leurs frères d'Occident par les Francs et les Saxons. Le Recueil des lois romaines, fait par les ordres de Justinien, quelque imparfait ou incomplet qu'il puisse être et malgré les abus auxquels il donna naissance, reste cependant un monument impérissable du génie romain, une véritable logique de la raison pratique, la pierre de touche de toutes les législations futures. Ce fut un inappréciable bienfait pour le monde entier que la langue et la littérature grecques, quoique altérées par un mauvais usage, se soient conservées dans cet empire, jusqu'à ce que l'Europe occidentale ait été en état de les recevoir des mains des réfugiés byzantins. D'\m autre côté, les pèlerins et les croisés du moyen âge trouvèrent sur le chemin du Saint-Sépulcre une Constantinople d'où ils rapportèrent dans leurs grottes, dans leurs cloîtres et dans leurs châteaux, pour prix de mille trahisons, de nouvelles idées de luxe, de culture et d'institutions, qui au moins firent lever pour l'Europe occidentaLe le germe d'autres temps. Les Vénitiens et les Génois, suivant l'exemple d'Alexandrie et de Constantinople, donnèrent une grande extension à leur commerce ; ils s'enrichirent en grande partie des dépouilles de cet empire, dont l'Europe profita largement. Outre la soie qui nous vient de Perse par Constantinople, que ne doivent pas à l'empire d'Orient et le saint-siége de Rome et l'Europe, car cet empire maintenait l'équilibre entre TEurope et la cour de Rome.

Enfin, elle s'écroula, cette orgueilleuse Babylone, si riche et si fière de ses trésors et de ses pompes; une tempête furieuse la jeta sous le joug de ses sauvages conquérants. Depuis longtemps déjà elle n'était plus en état de protéger ses provinces; au ciaqtiième siècle déjà, la Grèce

entière était derenue la proie d'AIaric. Çà et là, à Torient, à Toccident, au nord, au sud, les barbares TenToloppaient tous les jours davantage, et souvent on voyait des bandes de barbares, plus dangereux encore, assaiUir la ville et la

mettre au pillage. Les temples furent renversés, les tableaux et les bibliothèques livrés aux flammes. Partout l'empire est trahi et vendu, alors que ses àerviteurs les plus fidèles et les plus dévoués,- pour toute récompense, avaient les yeux crevas, les oreilles et le nez coupés, étaient torturés, mutilés, enterrés vivants. La cruauté et le vice, l'adulation et l'orgueil le plus insensé, les voluptés les plus honteuses, l'esprit de révolte, le parjure, l'infamie s'assirent sur ce trône brillant de tout l'éclat de l'orthodoxie chrétienne. Malgré ses richesses et son orgueil impérial, malgré ses pompes dans les sciences- et dans les arts, l'histoire de son agonie si longue, si douloureuse, est un effroyable avertissement pour tous les gouvernements d'eunuques, de prêtres et de femmes. Ici reposent ses ruines couchées dans la poussière : le plus ingénieux des» peuples de la terre, les Grecs, en sont devenus le plus méprisable et le plus perfide; ignorants et superstitieux, esclaves misérables des prêtres et des moines, c'est à peine s'ils seraient en état de recouvrer l'antique génie de leur race. Tellç fut la fin du premier et du plus brillant Etat de la -chrétienté. Puisse le monde n'en jamais revoir de ^semblable !

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