LATINES
Rome était la capitale du monde : de Rome partait Tordre de tolérer ou de persécuter les chrétiens. Ce fut donc pour le christianisme une nécessité d'agir dès Torigine sur ce centre universel de puissance et de grandeur.
Un mérite qu'on ne peut enlever aux Romains, c'est d'avoir laissé aux peuples conquis une entière liberté dans leurs croyances religieuses ; sans cette tolérance et l'état entier de la législation contemporaine, il eût été impossible au christianisme de se répandre aussi loin et d'une manière aussi rapide. Il surgit dans une contrée éloignée, du sein d'un peuple méprisé, dont la superstition était devenue proverbiale. Dans Rome régnaient des empereurs méchants, faibles, insensés et cruels, de sorte qu'il manquait à l'Etat une tête qui dirigeât l'ensemble. Longtemps les chrétiens furent confondus avec les Juifs, qui se trou-*» vaient en grand nombre dans l'Italie et les provinces latines. Il est probable que la haine q^^ie les Juifs portaient
aux chrétiens fut le mobile qui les poussa à dénoncer aux Romains la religion naissante ; en sorte que les Romains considérèrent les chrétiens comme des tribus qui s'étaient détachées du culte commun des ancêtres, comme des athées, ou, à cause de leurs assemblées secrètes, pour des Egyptiens qui souillaient, comme d'autres mystagogues, leur croyance par des superstitions et des cruautés. On ne les regarda plus que comme une caste réprouvée, à qui Néron put faire porter le poids de ses crimes et Tincendie de Rome. La compassion qu'inspira une injustice aussi criante n'était rien de plus que cette froide pitié qu'on resH sentait à la vue d'esclaves torturés sans motifs. On ne prit pas la peine d'approfondir davantage leur doctrine, qu'on laissa se propager dans l'empire comme les doctrines de tous genres qui y circulaient.
Lorsque les principes réels de la foi nouvelle furent mieux connus, les Romains, qui ne connaissaient qu'une religion poUtique, apprirent a<yec un étonnement mêlé de stupéfaction que ces malheureux comparaient les dieux de l'empire aux puissances infernales, et le culte rendu auxprotecteurs de l'empire à une école du démon. Leur refus de rendre aux images des empereurs im hommage qui devait les honorer eux-mêmes et leur résolution de s'affranchir de tout devoir civil et militaire, ne put qu'exciter l'indignation des Romains qui les regardèrent naturellement comme des ennemis dignes de la haine et du mépris du genre humain. Les empereurs, selon qu'ils étaient disposés et selon les rapports qui leur étaient faits des chrétiens, donnaient des ordres en conséquence, ordres qui recevaient une exécution plus ou moins rigoureuse dans les provinces, suivant la manière de voir des gouverneurs ou de leurs subordonnés. Mais des persécutions telles que celles qui dans des temps plus rapprochés furent dirigés contre les Saxons, les Albigeois, les Vaudois, les Hugue-