LIVRE XVni. — CHAPITRE n. Î
rÉglise. Il le sacre roi légitime et reçoit en récompense, même avant la conquête, les cinq villes et Texarchat qu'on devait enlever aux Lombards. ' ^
Le fils de Pépin, Charlemagne, achève l'œuvre de son père et écrase de sa puissance le royaume des Lombards. Aussi estr-il proclamé par le Saint-Père pâtrice de Rome, protecteur de TÉglise, puis couronné empereur romain par l'inspiration du Saint-Esprit. Quelle fut pour l'Europe entière la conséquence de ce changement, la suite le montrera suffisamment. En Italie, ce royal coup de filet du successeur de Pierre finit par anéantir le royaume lombard, sans cesse renaissant de ses débris. Dans les deux siècles de sa durée, il avait rendu une population forte et nombreuse à une contrée épuisée et mourante. Sa loyauté germanique avait partout rétabli l'ordre et la sécurité, et il avait laissé chaque État libre de conserver ses lois ou d'adopter les siennes. Le droit lombard était bref, méthodique, sévère; il subsista longtemps avant la chiite du royaume, et Charles, l'auteur de cette chute, conserva ses lois quïl confondit seulement avec les siennes propres. Dans diverses parties de l'Italie, elles eurent autant d'autorité que le droit romain, et elles trouvèrent encore des commentateurs pleins d'admiration après que l'ordre de l'empereur eût donné la prédominance au droit Justinien.
Quoi qu'il en soit, on ne peut se dissimuler que la constitution féodale des Lombards, en seivant de modèle à plusieurs nations de l'Europe, eut pour cette partie du monde de malheureuses conséquences. Ce morcellement des États entrait tout à fait dans les vues des évêques de Rome, d'autant plus que dans ces États les vassaux ne relevaient que d'eux-mêmes ou du moins ne tenaient à leurs seigneurs que par de très-faibles liens ; car, selon l'ancienne maxime diviser pour régner, ils savaient toujours tirer quelque avantage de chaque désordre. On pouvait
facilement soulever les comtes, ducs et barons contre leurs suzerains, et TÉglise se faisait de gros revenus en vendant Tabsolutio^ des péchés à des hommes d'armes et de grossiers vassaux. La loi féodale était Téchelle qui servait à la noblesse pour s'élever des offices à l'hérédité, et, quand la faiblesse de l'anarchie leur en offrait l'occasion, à la souveraineté territoriale. Il se peut que ce système ait eu des suites moins nuisibles en Italie, contrée cultivée depuis longtemps, où les villes, les arts, l'industrie, le commerce, en relations constantes avec la Grèce, l'Asie et l'Afrique, ne pouvaient jamais être entièrement détruits, non plus que l'étemelle empreinte du caractère romain. Toutefois, même en Italie, la division des fiefs fut une source de troubles interminables, et c'est à elle aussi que ce beau pays doit de ne pas avoir pu reprendre la solide consistance qu'il avait du temps des Romains. Nous verrons plus loin que, dans d'autres Etats, l'application formelle des institutions lombardes, qui existent en germe dans toutes celles des nations germaniques, eut encore de plus grands dangers. Depuis que Charlemagne se fut emparé de la Lombîardie et qu'il l'eut transmise à ses fils; depuis que le titre d'empereur romain, après avoir erré de royaume en royaume, fut allé se réfugier en Allemagne, cette malheureuse contrée, qui, de même que l'Italie, n'avait jamais pu asseoir son unité poHtique, resta toujours enlacée dans les mille replis de la loi féodale. Depuis cette époque, même avant qu'un empereur eût promulgué le droit lombard écrit et l'eût joint à la jurisprudence de Justinien, les pays, peu riches en villes et en arts, qui eu prirent les principes pour base à leur constitution fondamentale, n'en retirèrent aucun avantage. Dans ces siècles d'ignorance et de préjugés, la législation des Lombards prévalut et finit par passer pour le droit public de l'empire; ainsi, ce peuple se vit revivre dans ses coutumes,