LIVRE XVIII. — CHAPITRE II
qvii furent recueillies de leurs cendres et érigées en lois (1).'
Cette constitution eut également une grande influence sur l'état de TEglise. D'abord les Lombards, comme les Goths, étaient ariens; mais lorsque Grégoire le Grand eut réussi à faire entrer dans le giron de l'Église orthodoxe la reine Théodolinde, cette muse des peuples teutoniques, la foi des nouveaux convertis se traduisit bientôt par des bonnes œuvres et un zèle excessif. Rois, ducs, comtes et barons rivalisèrent à l'envi à qui bâtirait le plus de cloîtres et d'églises et enrichirait le plus le patri- , moine de l'Église. Rome vit ainsi son domaine s'étendre depuis la Sicile jusqu'au pied des Alpes Cottines. Car si les seigneurs temporels avaient attaché à leurs fiefs le caractère de l'hérédité, comment n'en eût-il pas étende môme des maîtres du spirituel qui avaient à veiller à l'avenir d'une éternelle postérité? Avec son patrimoine, chaque église reçut un saint pour protecteur, et avec ce patron un intercesseur auprès de Dieu, intercesseur trèsavide et très-difficile à satisfaire. Ses images et ses reliques, ses fêtes et ses prières produisaient des miracles; les miracles provoquaient de nouveaux dons, de sorte que jamais cette reconnaissance réciproque du saint, d'un côté, des vassaux, de leurs femmes et de leurs enfants, de l'autre, ne fut trompé dans ses calculs. La constitution féodale s'introduisit nième jusqu'à un certain point dans l'Eglise. Comme le duc avait le pas sur le comte, de même l'évèque d'un duché voulut avoir la préséance sur l'évèque du comté. Le pouvoir ducal temporel s'assit donc sur le siège épiscopal, et le duc spirituel eut pour suffragants
(1) Outre ceux qui ont traité l'histoire des lois, en général ou en particulier^ voir VHistoire de Naples, de Giannone, ouvrage fort utile, «urtout en ce qui concerne les lois des peuples qui ont régné sur l'Italie .
les évoques des YÎUes d'ordre inférieur. Les abbés enri- ' chis, devenus des barons spirituels, cherchèrent à se soustraire à la juridiction de leurs évéques et à devenir indépendants. Passé ainsi à Tétat d'empereur ou roi spirituel, Tévèque de Rome favorisa de tout son pouvoir rétablissement de cette hiérarchie, ouvrant de cette manière la voie aux principes que le faux Isidore ût plus tard triompher publiquement dans TÉglise catholique. Ces fêtes nombreuses, ces cérémonies, ces messes, ces offices occupaient une. foule de serviteurs ecclésiastiques; les ^ ornements et les riches vêtements de Téglise, qui flattaient le goût des barbares, nécessitaient des gardes-trésoriers* les patrimoines, des administrateurs qui tous relevaient d'un seul et môme protecteur spirituel et temporel, à la fois pape et empereur, de telle façon que TÉglise et TÉtat reçurent une constitution féodale tous les jours plus développée. Sur les ruinas des Lombards s'éleva la papauté, et avec elle im nouvel empire qui do^na une forme nouvelle à la constitution de l'Europe entière; car il n'y a pas que la conquête qui change le monde, mais bien plus la puissance des idées, des croyances, des législations et des droits.