LIVRE XYIII. — CHAPITRE UI
cercle de sainteté on plaça aussitôt le ûls aine de TEglise ! cercle qui embrassa bientôt roccident de l'Europe chrétienne : les Gaules et la Grermanie se couvrent de sièges épiscopaux; sur les bords du Rhin et du Danube ils s'établissent en bon ordre : Mayence, Cologne, Besançon, Worms, Spire, Strasbourg, Constance, Metz, Toul, Verdun, Tongres, Lorch, Trente, Brixen, Baie et d'autres anciens sièges du christianisme, servirent au roi orthodoxe de digues contre les hérétiques et les païens. Clovis réunit dans les Gaules le premier concile où se rendirent trente-deux évèques, parmi lesquels cinq métropolitains ; ce corps politique et spirituel fut d'un grand secours pour sa puissance. C'est ce corps qui fit tomber en partage aux Francs le royaume arien des Bourguignons; les maires du palais s'appuyèrent sur lui; l'évèque de Mayence, Boniface, couronna l'usurpateur roi des Francs, et dès les temps de Charles Martel, on brigua à l'envi le pontificat romain et le patronage de l'Église. Du reste, on ne peut reprocher à ces protecteurs de l'Église chrétienne d'avoir manqué de fidélité ou de tendresse pour leur pupille. Ils relevaient les ruines des villes épiscopales, protégeaient les diocèses, convoquaient les évèques à leurs champs de mai, et en Allemagne, c'est en partie aux rois francs que l'Eglise doit d'avoir vu les peuples si généreux à son égard : ils établirent des évèchés et des archevêchés à Salzbourg, Wurtzbourg, Eichstedt, Augsbourg, Freisingen, Ratisbonne, Passau, Osnabrûck, Brème, Hambourg, Halberstadt, Minden, Werden, Paderborn, Hildesheim et Munster; les abbayes de Fulde, Hischfeld, Kempten, Corwei, Elwang, Saint-Eméran, et donnèrent à ces seigneurs spirituels le droit de siéger dans les diètes à côté de leurs feudataires et de leurs vassaux. Le roi des Français est le fils aîné de l'Église; l'empereur d'Allemagne, son plus jeime frère, n'a hérité que du patronage de l'Eglise,
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S*' Sous de telles circonstances, les institutions des peuples germaniques durent se développer plus rapidement et éCune façon beaucoup plus marquée dans les Gaules qu'en Italie, qu'en Espagne^ ou mJème qiCen Allemagne, Le premier pas vers une monarchie universelle fut fait par Clovis, dont rexemple servit de loi. Malgré de trop fréquentes divisions de territoire, malgré les nombreux bouleversements que provoquèrent les crimes de la maison royale ou la trop grande indépendance des grands, elle ne s'écroula jamais, car Tintérèt de TEglise était de conserver l'État dans la forme monarchique. De braves et hardis officiers de la couronne se mirent à la place de rois sans force et sans énergie; les conquêtes continuèrent, et Ton préféra laisser tomber là race de Clovis que perdre un royaume aussi nécessaire à toute la chrétienté romaine. Gomme partout, et plus encore dans ce royaume placé entre les Arabes et les païens, la constitution des peuples allemands reposait à proprement parler sur la personnalité du roi et les offices de la couronne, tout se réunissait pour fortifier la digue que la maisou.de Pépin de Heristal avait fort heureusement opposée d'abord aux invasions des Orientaux. C'est à lui et à ses valeureux descendants que nous devons d'avoir vu s'arrêter les conquêtes des Sarrasins, les progrès des peuples du Nord et de l'Afrique. Une lueur de science fut ainsi conservée de ce côté des Alpes, et l'Europe finit par recevoir un système d'institutions de forme allemande, auquel d'autres nations furent unies plus tard de leur, propre gré ou forcées par la nécessité. Comme Charlemagne forme la cime de cet arbre immense dont les branches s'étendirent sur l'Europe, iSa seule image peut ici nous tenir lieu d'im grand nombre (1).
(1) Dans la nouvelle Histoire du gouvernement de Charlemagne, de Hegewisch (Hambourg, 1791), l'auteur se place^ ce me semble^ au même point de vue que moi.