‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 133 sur 208 · LIVRE XVm. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XVm. — CHAPITRE III

Charlemagne descend des officiers de la couronne; son « père était un roi parvenu. Il devait donc avoir des idées de sa race, modifiées par Tinfluence des institutions. Ces institutions, au sein desquelles il avait été élevé, il devait naturellement chercher à les perfectionner, car il les croyait les meilleures de toutes, puisque chaque arbre croît sur son sol. Portant le costume d'un Franc, il avait aussi Tâme d'un Franc, et nous ne pouvons nous faire de la législation dé son peuple une idée plus exacte, qu'en étudiant sa manière de voir au sujet de cette législation et les changements qu'il y introduisit. Il convoqua des champs de mai, dont il fit ce qu'il voulut. Sûr de l'assentiment général, il donna à l'État les lois et les capitulaires qui lui étaient le plus favorables. Il respecta le caractère de chaque ordre, et longtemps toutes les nations soumises conservèrent leurs lois. Il voulait les réimir toutes en im seul corps, sûr que soû génie était assez puissant pour lui donner la vie. Il laisse s'éteindre la race des chefs dangereux, qu'il remplace par des officiers de la couronne auxquels il donne le nom de comte ; . ces derniers, les évoques même, sont soumis à l'inspection de ses commissaires (missos), et sa vie entière se passe en luttes avec le despotisme qui s'appuie sur l'avarice des satrapes, l'insolence des nobles et l'oisiveté des moines. Dans les domaines de la couronne, l'empereur disparaissait pour faire place au chef de famille, et cette transformation, Charlemagne eût voulu la voir s'opérer de préférence dans son vaste empire, pour y répandre dans les membres les plus reculés l'ordre et l'esprit de vie. Mais la barbarie de son siècle, l'esprit miUtaire et sacerdotal des Francs lui suscitèrent trop d'obstacles. Le droit était sacré pour lui, aussi sacré qu'il pouvait l'être pour un mortel, sauf lorsque les intérôts de l'Eglise et de l'Etat le poussèrent à poser des actes d'injustice et de violence. Il aimait à être l'objet de zèle et

de fidélité, mais il eût jeté un regard indigné s'il eût vu son fantôme servir d'appui à une Constitution en ruines qui ne reposait plus que sur des titres. Tel est cependant le cours des choses : des officiers de la couronne étaient la souche de sa race; des ofEciers, au caractère dégénéré, détruisirent misérablement après sa mort, son diadème, son empire, Tœuvre de son génie et de sa vie entière. D. laissa en héritage, à la postérité. Tordre de choses qu'il s'était appliqué de toutes ses forces à détruire ou à modifier : des seigneurs, des serfs et la pompe barbare du trône des Francs. Il avait réduit les dignités à l'état d'offices ; après lui, les offices redevinrent bientôt de vaines dignités. . D'un autre côté, Charles était dévoré du désir des conquêtes, désir qu'il tenait de ses ancêtres. Après toutes ses expéditions victorieuses contre les Frisons, les- Allemands, les Arabes et les Lombards ; alors que, depuis Clovis, c'était une maxime d'Etat d'assurcyr les frontières nouvelles par le ravage des pays voisins, il s'avança à pas de géants dans cette même voie. Des querelles personnelles servirent de prétexte à des guerres, qui bientôt naqtdrent l'une de l'autre et occupèrent la plus grande partie de ce règne d'un demi -siècle. L'esprit militaire des Francs se donna carrière contre les Lombards, les Arabes, les Bavarois, les Hongrois, les Slaves, contre les Saxons surtout, à l'égard desquels Charles déploya les moyens les plus énergiques et les plus violents, pendant une guerre de trente-trois ans. Il atteignit si entièrement son bot qu'il fonda le premier en Europe une monarchie durable. En effet, malgré les victoires que les Normands, les Slaves et les Hongrois remportèrent sur ses successeurs, quoique les secousses intérieures, les divisions et le moreeUement auquel il avait été soumis, eussent considérablement affaibli son vaste empire, cependant il y eut depuis lors, depuis l'Elbe Ju8qu*aux confins de la Pannonie, une ligne

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