‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 134 sur 208 · LIVRE XVni. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE XVni. — CHAPITRE

de démarcation qu'il ne fut plus permis aux Tartares de franchi]*. La France, telle qu'il Tavait constituée et contre laquelle les Huns et les Arabes étaient déjà venus se briser, devint ainsi une barrière infranchissable.

D'un autre côté, Charles était Franc et par la nature de sa religion et par son amour pour les sciences. Par des causes politiques, le catholicisme, depuis Clovis, était un héritage qui se transmettait avec la couronne; et quand la race de Charlemagne se fut emparée du sceptre, elle parvint à asseoir d'autant plus vite son pouvoir, que l'Eglise lui donna son appiii et que l'évèopie de Rome n'hésita pas à la consacrer. Agé de douze ans seulement, Charles avait TU dans la maison de son père le Saint-Pontife et reçu sa l)énédiction pour son règne à venir. Longten\ps l'œuvre de la conversion de l'Allemagne avait été poursuivie sous la protection, souvent même avec l'assistance des rois francs. U est évident que si, à l'occident, le christianisme était le plus puissant rempart contre les barbares idolâtres; il devait en être de même au Nord et que Charlemagne devait entrer dans cette voie et coAvertir les Saxons par l'épée. Frank orthodoxe, il n'avait aucune idée des institutions qu'il détruisait ainsi ; pour la sûreté de son empire, il poursuivit l'œuvre pieuse de l'Église et adopta la ligne de conduite que son père avait suivie envers le pape et les évêques. Ses successeurs, surtout lorsque le siège de l'empire eut été transféré en Allemagne, agirent de même; bientôt les Slaves, les Wendes, les Polonais, les Prussiens, les Livoniens et les Esthoniens furent si promptement et si violemment convertis, qu'aucun de ces nouveaux néophytes ne se risqua plus à envahir le saint empire germanique. Si pourtant il eût été donné au saint et bienheureux Carolus (comme l'ont nommé les bulles d'or) de voir de ses propres yeux ce que devinrent plus tard ses ^ablisse* ments religieux et scientifiques, ses rich<îs évéchés, ses

cathédrales, ses monastères, ses écoles, ses lois canoniques, quelle n'eût pas été ta colère, saint et bienheureux Carolus, et comme ta francisque et ton sceptre se fussent appesantis sur la plupart d'entre eux !

4^ Enfin, on doit reconnaître que Vivique de Rome consacra ces a4:tes par son sceau et conféra ainsi la couronne du monde à Vempire des Francs. Depuis Clovis, il était leur allié ; il avait trouvé im refuge auprès de Pépin', et avait reçu de lui en présent les terres enlevées autrefois aux Lombards. Le. refuge qu'il avait cherché auprès de Pepîn, il le trouva plus tard chez Charlemagne, qui le rétablit victorieusement dans Rome et reçut, nouvelle récompense, dans la nuit de Noël la couronne impériale romaine. Charles parut d'abord confus et troublé ; mais les joyeuses acclamations du peuple lui firent accepter ce nouvel honneur. Du reste, comme selon l'opinion de tous les peuples d'Europe, c'était alors le plus beau titre de gloire que pût ambitionner un mortel, qui en était plus digne que ce Franc, lui, le plus grand monarque d'Occident, roi de France, d'Italie, d'Allemagne et d'Espagne, l'appui le plus puissant de la cour de Rome, défenseur et propagateur du christianisme, honoré et respecté de tous les rois de l'Europe, même du caHfe de Bagdad ? Bientôt il s'entendit avec la cour de Constantinople, prit le titre d'empereur romain, bien qu'il résidât à Aix-la-Chapelle, ou plutôt qu'il ne cessât de parcourir son immense empire. Il avait mérité la couronne; que n'a-t-elle été, pour le bien de l'Allemagne au moins, enterrée avec lui I

En effet, dès qu'il fut mort, que devint-elle sur la tète du faible et bon Lodwig? Lorsque ce dernier eut été forcé de la partager, quel instrument d'oppression ne fut-elle pas entre les mains de ses successeurs ? Le royaume s'écroule ; les Normands, les Slaves, les Huns, voisins irrités et impatients, fondent sur lui et le ravagent ; les

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