‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 137 sur 208 · LIVRE XVni. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XVni. — CHAPITRE IV

Quel effroyable spectacle ne présentent pas. ces sept royaumes de barbares Saxons, différant par les croyances et par les forces, et luttant les uns contre les autres sur iine étroite péninsule I Et pourtant, pendant plus de trois siècles, on voit s'agiter cet informe chaos, au-dessus duquel simiagèrent à peme quelques institutions ecclésiastiques et les premiers rudiments d'une législation écrite, telle que celles d'Adelbert et d'Ina. Enfin, sous le roi Egbert, les sept royaumes se réunissent. Dans la suite, plus d'un prince aurait eu certainement le courage et la force de faire refleurir leur peuple, si les incursions des Normands et des Danois, à qui leur soif toujours ardente de pillage faisait de nouveau tenir la mer, n'eussent rendu pour longtemps toute amélioration impossible sur les côtes de France et d'Angleterre. Les maux de toute espèce qui en résultèrent sont indescriptibles; et si jadis les Saxons avaient été durement éprouvés par la main de Charles, les Bretons et les Cimbres par celles des Angles, ils se vengèrent sur les descendants de leurs oppresseurs jusqu'à ce qu'ils eussent épuisé leur furie. Mais comme les plus grandes âmes se montrent dans les orages les plus violents, ainsi l'Angleterre vit 'surgir entre autres son Alfred, modèle des rois dans les calamités publiques, astre étincelant dans l'histoire de l'humanité.

Après que le pape Léon II lui eut, dès l'enfance, versé sur le front l'oint royal, il resta dans l'ignorance tant que le désir de lire les chants épiques des Saxons n'eut pas éveillé son génie; de ces poèmes il passa aux écrits des Romains. Il était encore plongé dans cette paisible étude lorsque, à l'âge de vingt-deux ans, la mort de son frère rappela au trône et à tous les dangers dont jamais un trône fut environné. Lorsque les Danois, qui étaient maîtres du pays, eurent remarqué le courage et le, bonheur qui suivait les armes du jeune roi, ils unirent en

29S PHIL06(MWE DE L*HISTOiRE.

diverses rencontres toutes leurs forces contre lui. Alfred, après leur avoir livré huit batailles en un an, après leur avoir plusieurs fois accordé la paix qu'ils avaient juré sur les saintes reliques de respecter; aussi juste et clément lorsqu'il était victorieux que brave et vaillant dans le combat, Alfred fut réduit à se sauver sous des habits de paysan et à devenir le domestique de la veuve d'un obscur berger.

Néanmoins, il ne perdit pas, courage. Avec quelques partisans, il se construisit une habitation au milieu des marais, qu'il appela l'Ile d'Ethelingey ou des Nobles, et qui alors constituait tout son royaume. Pendant plus d'un an qu'il y resta, il ne se laissa aller ni à Toisiveté, ni à l'abattement. De là, comme d'une invisible forteresse, il harcelait les Danois, se nourrissait lui et les siens du butin qu'il faisait sur eux, lorsqu'enfin im de ses fidèles parvint à leur enlever l'étendard magique dans lequel il voyait le signe de sa fortune. Déguisé en joueur de harpe, il pénètre dans leur camp et les charme par des chants joyeux. On le conduit dans la tente des princes, et partout il trouve la sécurité la plus profonde, l'indiscipline et la discorde. Alors il rekrousse chemin, fait savoir à ses amis par de secrets envoyés qu'il est en vie, et les convoque au fond d'une forêt. Une petite armée se réunit et le reçoit avec des cris de joie. Sans perdre de temps, il tombe sur les Danois dispersés et frappés d'épouvante, les enveloppe, les met en déroute et envoie ses prisonniers peupler, en qualité de colons ou d'alliés, les terres désertes du Northumberland et toute la partie -orientale dé l'Ile. Le roi, baptisé, reconnaît Alfred pour son fils; celui-ci profite du premier moment de repos pour se mettre à la poursuite des nombreux essaims d'ennemis qui désolaient le pays. Avec la rapidité de l'éclair, il ramène l'ordre dans un Etat déchiré, relève les villes détruites, se crée une armée sur

Page 1