LIVRE XVIII. — GHAnTRE IV
terre et sur mer, et équipe en peu de temps une flotte de cent vingt vaisseaux qui gardent ses côtes. Au premier signal d*alarme, il volait au secours du point attaqué, et dans un moment de danger, tout le pays ressemblait à un camp où chacun connaît son poste.
Ainsi, jusqu'à la fin de sa vie, il sut déjouer les calculs les plus habiles de ses ennemis ; il donna à son peuple une armée de terre et une flotte, des sciences, des arts, des villes, des lois et un ordre social. Il écrivit des livres et se fit l'institutear de la nation dont il était le défenseur. Aussi grand dans la vie privée que dans la vie publique, il partagea ses heures comme ses occupations, consacrant ses jours aux afl^aires publiques et à la bienfaisance. Venu uji siècle après Charlemagne, peut-être fut-il plus grand que lui, dans une sphère heureusement plus restreinte. Bien que sous ses successeurs, les nouvelles incursions des Danois et surtout les troubles du clergé qui produisirent tant de maux, ne firent pas naître un second Alfred: cependant c'est aux institutions qu'il lui donna que l'Angleterre doit d'avoir eu, dès l'origine, d'excellents rois; mêmes les attaques réitérées de quelques peuples maritimes contribuèrent à la tenir en haleine. Parmi ces rois si remarquables, brilleront toujours Athelstan, Edgar, Edmond Côte-de-Fer; et si, sous le règne de ce dernier, l'Angleterre devint tributaire des Danois, ce fut par la trahison des nobles. Canut le Grand -fut, il est vrai, reconnu pour roi, mais ce conquérant du Nord n'eut que deux successeurs. L'Angleterre reconquit son indépendance, et ce fut peut-être un malheur pour elle que les Danois aient laissé en repos le pacifique Edouard. Il recueillit des lois et abandonna à d'autres les rênes du gouvernement. Les mœurs des Normands passèrent de France en Angleterre, et Guillaume le Conquérant sut tirer parti de la situation. Une sexile bataille l'éleva sur le
trône et changea pour jamais Tétat entier du royaume. Nous devons donc consacrer une étude plus attentive aux Normands, puisque c'est à eux que, non-seulement TAngleterre, mais la plus grande partie de TEurope, doit cet éclat chevaleresque dont elle brilla plus tard. Dès les temps les plus reculés, on voit des tribus germaniques, les Saxons, les Frisons, les Francs, paraître sur les mers du Nord. Sous différents noms, les Danois, les Norwégiens, les Scandinaves se distinguent, entre tous, par leur audace. Les Anglo-Saxons et les Jutes font une descente en Angleterre. A mesure que les conquêtes des rois francs, surtout de Charlemagne, gagnent vers le Nord, de nombreuses peuplades plus aventureuses sillonnent les mers, à tel point que le nom des Normands est enfin plus redouté sur la Baltique que ne le fut jamais sur le continent celui des Markomans, des Francs, des Allemands et d'autres nations alliées.
Je devrais citer cent aventuriers célèbres, si je voulais m'arrèter aux poèmes et aux traditions qui chantent leurs exploits maritimes. Je ne puis cependant me dispenser de citer ceux qui eurent la gloire de découvrir des terres nouvelles ou de fonder des royaumes ; car on s'étonne à la vue des immenses contrées qu'ils ont parcourues ou occupées. A l'orient, se lève Rurick (Roderik), qui établit avec son frère un royaume dans Novogorod et jette ainsi les fondements de l'empire russe; Askold et Dir fondent dans Kiew im État qui s'unit à celui de Novogorod: Ragnwald s'arrête à Poloczki sur les bords de la Duna et forme la souche des grands-ducs de Lithuanie. Au nord, Naddod, jeté par la tempête sur les côtes d'Islande, découvre une lie qui sert bientôt d'asile aux principales familles de la . Norwége, appartenant à la noblesse la plus pure de l'Europe; là se conserva le dépôt des chants et des traditions du Nord; là pendant plus de trois siècles régna une liberté