‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 139 sur 208 · LIVRE XVIU. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XVIU. — CHAPITRE IV

sage et intelligente. A Toccident, les îles Faroë, Shelland, les Orcades, les Hébrides, soixi visitées et en partie peuplées, par lesNormards; la plupart d'entre elles sont longtemps gouvernées par des j^arls (comtes) du Nord, et les Gallois persécutés trouvent à peine quelque retraite reculée où ils" soient à Tabri des attaques des peuples germains. Réfugiés en Irlande à l'époque, de Charlemagne, Olof, Stirik, Iwar se ûxent Vun à Dublin, l'autre à Waterford, le troisième à Linserick. En Angleterre, ils furent redoutés sous le nom de Danois; non-seulement ils possédèrent avec des comtes saxons, pendant plus de deux siècles, tout le Northumberland, soit à titre propre, soit à titre de suzerains; mais l'Angleterre tout entière leur fut soumise sous les règnes de Canut, de Harold et de Hardicanut. Dès le VI® siècle, ils vinrent porter le trouble et le ravage sur les côtes de France, et les tristes pressentiments de Charlemagne ne se réalisèrent que trop tôt après sa mort. On ne saurait dire l'épouvante qu'ils semèrent sous leurs pas, tant sur le littoral de la mer, qu'en France et en Allemagne où ils pénétraient en remontant le cours des fleuves; la plupart des villes et des établissements qui y avaient été fondés par Charlemagne ou par les Romains, furent détruits. Il en fut ainsi jusqu'au temps de Rolf, nommé Robert dans son baptême, le premier duc de Normandie et la souche de plusieurs familles royales. De lui descendit Guillaume le Conquérant, qui donna une nouvelle forme à l'Angleterre ; ces changements firent naitre, entre l'Angleterre et la France, une guerre de quatre cents ans que les deux nations poursuivirent avec un incroyable acharnement. Ces Normands qui, avec une bravoure et une fortimc sans pareilles, arrachèrent aux Arabes l'Apulie, la Calabre, la Sicile, même Jérusalem et Antioche, étaient de simples aventuriers appartenant au duché fondé par Rolf; il en était de même des successeurs de Tan-

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crède qui mirent sur leur tête les couronnes de Sicile et d'Apulie. L'histoire des hauts faits de ces peuples, pèlerins, aventuriers, voyageurs, mercenaires de Constanti— nople, errants sur presque tentes les terres et les mers, jusqu'au Groenland et en Amérique, semblerait un roman merveilleux. Nous,- nous nous bornerons à esquisser les principales conséquences de leur caractère national.

Quelque grossiers que soient restés les habitants des côtes du Nord, longtemps aussi grossiers que leur sol, leur climat, leurs institutions et leurs mœurs, pourtant il y avait en eux, surtout en raison de la vie des mers qu'ils menaient, un germe qui, dans un climat plus doux, n'aurait pas tardé à produire les fruits les plus beaux. La bravoure, la force corporelle, l'adresse, cette grâce dans tous les exercices qui devint plus tard une des qualités les plus essentielles du chevalier, un profond sentiment d*honneur, la noblesse de l'origine, le respect si connu des hommes du Nord pour la femme, qui était toujours la récompense du plus vaillant, du plus beau et du plus noble, tels furent les charmes qui firent chérir les pirates du Nord dans lemidi de l'Europe. Sur le continent, l'empire des lois s'étend sur tout ; toute volonté robuste doit s'ériger ellemême en loi, ou périr comme une force sans emploi; sur le sauvage élément liquide, où l'empire des monarques et des lois n'atteint pas, la pensée se rafraîchit et se ranime; elle provoque le désir de la guerre et des dangers; le jeune matelot brûle de conquérir des dépouilles qu'il rapportera à sa fiancée qui l'attend au rivage, ou à sa femme et à ses enfants, signe triomphant de sa valeur. Un autre vacher^ cher au loin un établissement plus durable. Pour ces hommes du Nord, l'oisiveté est le vice le plus odieux, vice que punissent le mépris dans ce monde, et l'enfer dans l'autre. Au contraire, la bravoure, l'honneur, la fidélité jusqu'à la mort, le respect chevaleresque pour les femmes.

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