UYRE XVIII. — CHAPITRE IV
telles fiu*eui les vertiis qui contribuèrent à former, avec rhenreux concours des circonstances, la galanterie si célèbre du moyen âge.
Les Normands s'étaient établis dans une province française, et Rolf, leur chef, épousa la ûUe du roi. Plusieurs de ses compagnons d'armes suivirent cet exemple en s'alliant au sang le plus noble du pays, et la cour de Nor* mandie fut bientôt la plus brillante de TOccident. Chrétiens eux-mêmes, ils ne pouvaient continuer à exercer la piraterie contre des nations chrétiennes ; mais ils accueillirent et civilisèrent tous ceux de leurs frères qui vinrent après eux, en sorte que ces côtes si heureusement situées devinrent le centre de réunion et l'école de cette population errante. Comme ils avaient à souffrir de la domination danoise, les chefs des Anglo-Saxons se mirent sous leur protection, et Edouard le Confesseur, élevé au milieu d'eax, fit naître chez les Normands l'espoir d'occuper un jour le trône d'Angleterre; aussi, lorsque Guillaume le Conquérant se fut rendu maître du pays après une seule bataille, et qu il conféra aux Normands les emplois les plus élevés dans chaque ordre, la langue et les mœurs des vainqueurs furent bientôt les sejiles connues dans les châteaux et à la cour. Ce qu'ils avaient autrefois appris en France, et confondu avec leur nature encore rude et grossière, ils le transportèrent dans la Grande-Bretagne ; de ce mélange naquit une première ébauche de constitution féodale et de justice forestière. Plus tard, quoique la plupart des lois des conquérants eussent été abolies et que le génie plus doux des Anglo-Saxons prit peu à peu le dessus, cependant l'empreinte laissée par les familles normandes sur l'idiome et les mœurs nationales ne disparut jamais ; c'est ainsi qu'on voit reverdir sur le rameau de la langue anglaise quelques rejetons de la langue latine. La nation britannique serait difficilement devenue ce qu'elle
Sai PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
a été avant d'autres, si elle se fût paisiblement -confinée au fond de ses antiques bruyères. Mais longtemps harcelée par les Danois, les Normands vinrent s'implanter sur son sol et lui préparèrent ime longue .suite de guerres navales avec la France. Son activité fut ainsi excitée; longtemps soumise à des vainqueurs, elle devint conquérante à son tour, et, après avoir traversé de nombreuses révolutions, elle parvient enfin à élever un édifice politique qui ne serait probablement jamais sorti du système monacal des Anglo-Saxons. Jamais un Edmond ou un Edgar n'auraient pu résister comme Guillaume au pape Hildebrand, et dans les croisades, les chevaliers anglais n'eussent point rivalisé avec ceux de France, si le génie de leur nation ne se fût animé d'une nouvelle vie par l'action des Normands et des circonstances. Qui sait si le bien du genre humain n'exige pas que les peuples soient greffés les uns sur les autres. Le meilleur rejeton finit par périr, s'il reste sans cesse à la môme place.
Ils ne furent pas aussi heureux dans la possession de Naples et de la Sicile; mais la conquête de ces belles contrées n'en reste pas moins le prodigieux roman de la valeur indivividuelle et du génie aventureux. Dans leurs pèlerinages à Jérusalem, ils avaient appris à les connaître, et quatre-vingts des cents chevaliers, armés pour la défense des opprimés, viennent y jeter les bases de leur puissance. Rainulfe fut le premier comte d'Aversa, et trois des vaillants fils de Tancrède, poussés là par leur bonne étoile, furent créés comtes, puis ducs d'Apulie et de Calabre, en récompense de leurs exploits chevaleresques contre les Arabes. D'autres fils de Tancrède, Guillaume Bras de Fer, Drogon et Humfroy les suivent. Roger et Robert Guiscard chassent les Arabes de la Sicile, et Robert cède à son frère cette belle couronne. Bœmond» fils de Robert, va chercher fortune en Orient, et comme