‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 144 sur 208 · LIVRE XVIII. — CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — CHAPITRE Y

anglo-saxons, surtout la pompe du nouveau culte, la musique sacrée, la fumée de Tencens, les tapisseries, les cathédrales, les autels somptueux, le son des cloches, les processions, frappèrent les barbares d'une sorte de vertige. D'un autre côté, comme les fantômes et la sorcellerie avaient un grand empire sur eux, lorsque leurs maisons, leurs églises, leurs cimetières eurent été avec eux désenchantés du paganisme par la puissance de la croix, le christianisme les domina tellement qu'ils furent bientôt livrés au démon d'une double superstition. Néanmoins, la plupart de ceux qui les convertirent, et saint Anscaire avant tous les autres, furent des hommes nobles et dignes,, des héros à leur manière, qui agirent pour le bien de l'humanité.

Nous approchons enfin de l'antique Germanie, la patrie des peuples d'origine tudesque, terre de refuge pour ses enfants. Après que tant de tribus l'eurent abandonnée , la moitié de son territoire fut occupée par une race étrangère, les Slaves ; et le reste , après avoir été désolé de toutes les manières, réduit à l'état de province du grand empire franc. Les Prisons , les Allemands , les Thuringiens , plus tard bs Saxons, furent soumis et convertis par la force et la violence; ainsi les Saxons, dès qu'ils furent hersêens (chrétiens), et qu'ils eurent abjuré la grande idole Woden, furent contraints de céder leurs propriétés et leurs droits au saint empereur Karl, de déposer à ses pieds leur liberté et leur vie, et de jurer fidélité au Dieu trinitaire et au roi tout-puissant. Sous la pression du joug des Francs, ces peuples, jusque là si libres, perdirent nécessairement une partie du caractère que leur avaient donné leurs institutions primitives. Traitées avec dureté et mauvaise foi, la plupart des tribus furent reléguées dans des contrées éloignées; et de toutes celles qui restèrent, aucune ne trouva ni le temps ni le lieu suffisant pour acquérir une forme propre. Aussi-

t6t après la mort du géant qui, seul, avait le bras asse^ puissant pour retenir en un tout cette assemblage de par* Ues hétérogènes, notre Allemagne, changeant sans cesse de Umites et de maîtres, tomba en partage aux faibles Carloyingiens; entraînée fatalement dans les guerres et les quenelles toujours renaissantes souâ cette malheureuse famille, on peut penser ce que put iLevenir sa constitution intérieure 1 Malheureusement pour elle, elle formait la hmite septentrionale et orientale de Tempire franc, c'està-dire de la catholicité romaipe, attaquée de toutes parts par de sauvages nations, brûlant d'une haine implacable, et qui sacrifièrent tout d'abord celte contrée à leur vengeance. Pendant que d'un côté les Normande, qui avaient pénétré jusqu'à Trêves, imposaient à la nation une paix ruineuse , de l'autre, le sauvage Amolf lançait ses Hongrois pour détruire le royaume slave, qui allait être effroyablement ravagé. Enfin les Slaves devinrent les ennemis héréditaires des Allemands, qu'ils prirent pendant dos siècles pour but de leur valeur guerrière^

Ce qui fit encore plus souffrir rAUemagne ainsi démembrée, ce furent les moyens qu'employèrent les Francs pour élever et consolider leur empire. Elle hérita des évéchés, archevêchés, abbayes, chapitres, en un mot, çle tout ce qui avait été établi pour la conversion des païens; des offices, des chancelleries, dans des contrées qui n'appartenaient plus à lempire; des ducs, des margraves, placés comme gardiens des frontières, et dont le nombre n'avait fait qu'augmenter à l'époque des invasions des Danois, des Wendes, des Polonais, des Slaves et des Hongrois. De tous les ornements de l'Allemagne, le plus vain et le plus brillant fut la couronne impériale romaine ; seule elle a fait plus de mal à ce pays que toutes les expéditions des Tartares, des Hongrois et des Turcs. Le premier Carlovingien qui régna en Allemagne, Lodvi^ig, n'était pas empeieur de

Page 1