‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 148 sur 208 · LIVRE XVIII. — CfliVPrrRE Vï · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — CfliVPrrRE Vï

des seigneurs ou des satrapes. De même qu'un fragment d'architecture gothique, leur district renfermait en petit ce que le royaume renfermait en grand, et dès que , suivant la situation des choses, ils se furent entendus avec la noblesse, le petit royaume fut en mesure de se soutenir luimôme, quoique toujours dépendant de l'État. Ainsi se morcelèrent les royaumes des Lombards et des Francs, à peine contenus en faisceau par le faible lien du nom royal ; il en eût été de même des établissements des Goths et des V&ndales, s'ils eussent duré plus longtemps. Pendant plus de cinq siècles, tous les Etals germaniques font les plus grands efforts pour réunir ces fragments épars, dont chacun veut être un tout, et aujoujd'hui encore, il en est plusieurs qui n'ont pu retrouver leurs propres membres disséminés çà et là. La cause de cette division repose dans la Constitution même : c'est im polype, dont chaque partie isolée est à elle seule un tout vivant.

4° Comme dans ce corps multiple tout repose sur la personnalité, le roi, bien qu'il ne fût rien moim qu'absolu^ représentait la nation dans sa personne et l économie de ses affaires intérieures. En coMéquence, sa dignité collective, une simple fiction d'État, se communiquait à ses gardes^ à ses officiers, à ses serviteurs. Les services rendus à la personne du roi étaient considérés comme les premières fonctions de l'Etat, puisque ceux qui l'entouraient, chapelains, écuyers, maîtres des écuries, 'devaient le plus souvent l'assister dans les conseils,* la cour de justice et d'autres circonstances. Autant cet état de choses pouvait être naturel dans • ces temps de grossière simplicité, autant devait-il paraître étrange que ces chapelains, ces écuyers tranchants fussent en réalité des pouvoirs représentatifs de l'empire, les premiers membres de TÉtat, dont les dignités étaient héréditaires jusqu'à la fm des siècles. Et cependant cette pompe d'un luxe barbare est encore ce qui forme en Europe la

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base fondamentale de tous les empires germaniques, base qui semblerait plutôt devoir être celle de la tente d'un khan tartare, que celle du palais du père, du juge et du chef d'une nation. L'ancienne fiction d'État fut prise pour la vérité pure. Tout l'empire se trouvait dans la table, l'office et les écuries du roi. Singulière métamorphose ! le vassal et l'homme lige pourront toujours être représentés par cette haute et brillante domesticité ; mais le corps de la nation, ou plutôt les compagnons et les frères d'armes du roi, qui n'ont jamais été ses serviteurs, ne pourront jamais transmettre leurs pouvoirs à aucun des officiers de sa maison. Nulle part cette Constitution ne s'étala avec plus de pompe que sur Je sol de la France, d'où elle fut transportée en Angleterre et en Sicile par les Normands, en Allemagne avec la couronne impériale, de là dans les royaumes du Nord, enfin de la Bourgogne en Espagne avec un éclat incroyable, se développant partout avec de nouvelles formes suivant les conditions du temps et du lieu. Jamais ni les Grecs, ni les Romains, ni Alexandre, ni Auguste ne conçurent l'idée d'une fiction d'Etat, qui représente le résultat et la mesure des forces sociales; mais sur les rives du Jaïsk et du Jeniscei, elle est indigène : aussi ces hermines et ces palatines qui ornent chez nous le manteau royal ne sont-elles pas de faux emblèmes.

5<» Cette Constitution eût pu difficilement s'introduire et se maintenir en Europe si, comme nous l'ûvons vu, un autre genre de barbarie ne l'eût précédée, avec lequel elle sympathisa étroitement, la barbarie du papisme romain^ Comme le clergé était seul en possession des derniers débris des lumières nécessaires aux vainqueurs eux-mêmes, le seul moyen d'ajouter les sciences à leurs domaines, alors qu'ils tenaient à ne pas les acquérir eux-mêmes, était d'appeler les évoques dans leurs rangs. C'est ce qui

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