LIVRE XVIU. — CHAPITRE VI
aujourd'hui; une foule d'ordres, de sociétés, de métiers, conserver religieusement les erreurs et les préjugés du passé. La pensée humaine, dans les corps privilégiés, finit par se mouler peu à peu sur Téquerre et le compas.
7** De tout ce que nous venons de voir il résulte à l'évidence que l'idée de la constitution nationale des peuples germaniques, quelque noble et naturelle en soi qu'elle pût être, ne fut qu'un essai hardi qui devait doxmer naissance à nombre d'abus, dès qu'on voulut l'appHquer à de grands royaumes, nouvellement conquis, depuis longtemps policés, en un mot, à la catholicité romaine. Avant d'avoir pu acquérir quelque stabilité, elle dut subir les nombreuses épreuves, les modifications que lui firent subir au nord et au midi divers peuples d'une raison saine et vigoureuse. Dans de petites municipalités, dans le cercle de la puissance judiciaire, partout où la présence du peuple est quelque chose de réel, personne ne peut nier sa supériorité. Ces principes des anciens Germains, que chacun doit être jugé par ses pairs; que le réprésentant de la justice ne tient son droit que des juges ; que tout crime doit être suivi d'un châtiment, comme une réparation à la société ; que le châtiment ne doit pa§ être appliqué à la lettre, mais d'après im examen réel des faits, ces principes ainsi que beaucoup d'autres coutuiyies concernant l'administration de la justice, les corps de métiers et diverses institutions du même genre, témoignent assez du sens droit et de l'équité de ces peuples. Quant à l'État, le principe de la communauté de propriété, de l'armement général, de l'union pour la défense de l'indépendance nationale, était certes un principe grand et noble. D'un autre côté, comme ce principe exigeait le concours actif de quelques hommes assez forts pour tenir réunis tous les membres d'un corps gigantesque,, établir entre eux un rapport durable et y donner l'activité, et comme de tels hommes ne surgis-
m PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
sent pas par droit de naissance, les forces sociales se perdirent en mouvements désordonnés, écrasèrent les faibles et mirent une véritable confusion tartare pendant longtemps à la place de la raison et de l'industrie. Cependant l'histoire du monde enregistre avec bonheur que le système des nations germaniques a protégé les débris de la culture hiunaine contre les tempêtes des siècles, développé l'esprit public de l'Europe et étendu lentement et en silence son action sur toutes les contrées du globe. En^n apparaît devant nous un énorme fantôme, une monarchie spirituelle, qui pourtant a atteint im' tout autre but que celui qu'elle s'était proposé.