LIVRE XIX
Jamais simple mot ne renferma d'aussi graves conséquences que ce mot dit à saint Pierre, que sur le roc de sa foi s'élèverait une Église indestructible, et que les clefs du royaume des cieux lui seraient confiées. L'évoque qui, suivant la croyance générale, occupait la chaire de saint Pierre près de son tombeau, profita de ces paroles et sut se les appliquer ; et comme, par un concours de circonstances inévitables, non-seulement il était devenu chef de la plus grande Éghse de la chrétienté, mais qu'il s'était emparé du pouvoir d'édicter des ordonnances et des statuts spirityuels, de convoquer des conciles et d'en disposer à son gré, d'imposer et de prescrire des profç^ssions de foi, d'effacer tous les crimes, de distribuer sans partage des indulgences, en un mot qu'il représentait le pouvoir de Dieu sur la terre, par une conséquence forcée il s'éleva rapidement de la monarchie spirituelle à la monarchie temporelle. Dans le principe, il avait limité la puissance des évêques, il limita alors celle des princes de la terre. Il
284 PHILOSOPHIE DE i/HISTOIRE.
octroya la couronne impériale de rOccideut dont il ne connaissait même pas les droits. De ses mains redoutées partaient les anathèmes et les interdictions ; de ces mêmes mains il élevait et renversait les empires, châtiait et absolvait les rois, frappait d'interdit des contrées entières, déliait de leurs devoirs les sujets et les vassaux, privait son clergé de femme et d'enfants, et fondait un système qu'xme longue suite de siècles a pu ébranler, non détruire. L'attention est commandée par, un tel phénomène, et, comme il n'est pas de* souverain au monde qui ait rencontré plus d'obstacles que l'évêque de Rome dans l'édification de son pouvoir, il mérite au moins que nous parlions de son règne, comme, du reste, de tout autre établissement politique, sans aniniosité et sans haine.