‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 152 sur 208 · HIÉRARCHIE ROMAINE · texte numérisé non relu

HIÉRARCHIE ROMAINE

D'ordinaire, avant de jeter les fondements d'un édifice, 011 en dresse le plan ; il est bien rare qu'il en soit ainsi d'un monument politique que la main du temps seule peut achever. On est en droit de douter qu'à Rome la grandeur spirituelle eût pu naître jamais de l'action non interrompue d'une seule et même pensée. De même que tous les autres trônes, on vit le Saint-Siège occupé par des évoques de génie différent, et ses entreprises les plus habiles durent traverser des époques critiques. Mais savoir profiter de périodes malheureuses et des fautes de ses prédécesseurs, comme de celles de ses ennemis, telle fut sa politique et ce fut à elle qu'il, dut sa stabilité et son élévation. D'un très-grand nombre de faits historiques faisons un choix des principaux, et indiquons les bases sur lesquelles se fonda la grandeur de Rome.

Romel que ne renferme pas déjà ce nomi L'antique reine du monde, la tête et la couronne des nations, devait faire naître dans l'esprit de son évêque l'idée de devenir à

^m PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.

son tour le chef des peuples. La tradition de Tépiscopat ou du martyre de saint Pierre n'aurait jamais eu à Antioche ou à Jérusalem une action politique aussi puissante qu'au sein de l'Eglise florissante de l'immortelle Rome. Combien de soutiens et d'appuis ne trouva pas dans la ville éternelle le pontife qui devait s'élever presque sans le concours de sa volonté? L'arrogant orgueil du peuple romain, qui avait humilié tant d'empereurs, l'éleva tout d'abord sur le pavois ; pasteur du premier peuple du monde, il voulut s'instruire lui-même à cette source de sciences et de politique où Ton venait en pèlerinage, même depuis les ttmps du christianisme, étudier les lois de la métropole; et, semblable aux anciens Romains, il se promit de gouverner le monde par ses statuts et par ses lois. La pomp'3 du paganisme brillait encore devant ses yeux ; et, comme dans la constitution de Rome, cette pompe était restée vmie au pouvoir suprême, le peuple s'attendait à voir dans son évêque chrétien l'ancien Pontifex maximus, aruspex et augur. Accoutumé à 1 éclat des triomphes, des fêtes, des cérémonies publiques, il vit avec plaisir le christianisme sortir des tombeaux, des catacombes, et s'installer dans des temples dignes de la grandeur romaine; ainsi Rome, par ses fêtes, ses rites et ses institutions, devint une seconde fois la capitale du monde.

L'esprit et la politique de Rome se manifeste d'abord lorsqu'elle imposa à la chrétienté Vunité, la pureté de doctrine, l'orthodoxie et le catholicisme, sur lesquels devait s'élever l'Église. Déjà, dès le ii« siècle, saint Victor ne craint pas de refuser de reconnaître pour frères les chrétiens d'Asie, parce qu'ils ne veulent pas célébrer la Pâque en même temps que lui. Il est même à supposer que la première scission des juifs et des païens convertis disparut dans Rome, où reposaient en paix les restes de saint Pierre et de saint Paul. Cette tendance à une doctrine univer-

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