‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 155 sur 208 · LIVRE XIX. - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. - CHAPITRE I

des richesses. Ici, c'est saint Pierre qui parle par leur bouche; là, c'est le père le plus tendre. Personne non plus ne saura parler et agir avec plus de force, de grossièreté, de fiel et d'emportement ! Ils ne disputaient pas, ils décrétaient : on ne peut rien comparer aux bulles romaines; elles sont empreintes d'un caractère d'audace que rien ne fléchit, larmes, prières, supplications, menaces, châtiments. De là le ton particulièrement étrange des lois, des mandements, des décrets de l'Eglise au moyen âge, si différent de la majestueuse dignité de l'ancienne législation romaine : accoutumé à parler avec une assurance imperturbable aux laïques et à tous ses subordonnés, le serviteur du Christ ne se rétracte jamais. Ce saint despotisme, entouré du prestige de l'autorité paternelle, eut toujours un empire plus grand sur les masses que la vaine courtoisie d'une politique frivole dans laquelle nul n'a conûance.

4® La politique de Rome Mnwntrade préférence pov/r aucun objet déterminé de la société civile : elle n'existait que pour elle sevle; elle se servait de tout ce qui lui était favorable , elle pouvait détruire tout obstacle qu'elle rencontrait sur son chemin; car elle ne dépendait que d'elle-même. Un Etat spirituel, vivant aux dépens de tous les États chrétiens, devait nécessairement, s'il voulait atteindre son but, se montrer favorable aux sciences, à la morale, à l'ordre public, à l'agriculture, aux arts et au commerce; mais l'histoire entière du moyen âge prouve que jam.ais le papisme ne poussa de son propre mouvement au développement des saines connaissances, ni au progrès des institutions humaines. Les meilleurs germes devaient être étouffés, dès qu'il sentait qu'ils présentaient quelque danger pour lui ; et le papiste le plus éclairé devait déguiser ou étouflfer ses idées dès qu'elles se trouvaient en désaccord avec les intérêts éternels de la cour de Rome. D'un autre côté, tout ce qui

servait ces intérêts, arts, impôts, révoltes, troubles populaires, donations de territoire, étail soigneusement recherché et conservé pour la plus grande gloire de Dieu. Au milieu de tous ces mouvements, TÉglise était le centre immobile de Timivers.

5° La souveraineté romaine faisait sertir à son btd totU ce qui lui était utile : la guerre et Tépée, le feu et les prisons, les lettres, le parjure sur Thostie sainte, les tribunaux d'inquisiteurs, les interdictions, Toutrage, la misère, les peines temporelles et le malheur éternel. Pour pousser une contrée entière à la révolte contre son suzerain, on pouvait lui ôter, jusqu'à l'heure de la mort, tous moyens de salut. Les clefs de saint Pierre exerçaient leur puissance sur les lois de Dieu et sur celles des hommes, sur les droits des individus et sur ceux des nations.

6<» Ft comme les portes de V enfer ne devaient pas prévaloir contre cet édifice; comme ce système d'institutions canoniques, transmis de saint Pierre à ses successeurs avec le pouvoir de lier et de délier, avec la puissance des saints signes et le don du Saint-Esprit, ne prêchait qu'éternité, qui pourrait imaginer un empire assis sur des bases plus profondes? L'ordre entier des ecclésiastiques lui appartenait, corps et âme; avec leurs tètes tonsurées et leurs vœux irrévocables , ils étaient ses serviteurs jusqu'à la fin des siècles. Un lien indissoluble unit le prêtre à l'Église. On ne lui laisse ni enfant , ni femme , ni père , ni héritier; rameau séparé de l'arbre fécond de l'espèce humaine, il végétera sur le tronc éternellement stérile de l'Éghse; n'ayant d'honneur que son honneur, d'intérêts que son intérêt; il n'y a pour lui ni regrets, ni rétractaCions possibles, tant que la mort n'aura pas mis fin à son servage. En revanche, de vastes récompenses attendaient ces vassaux de l'Église, riches esclaves, qu'elle finit par élever

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