‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 156 sur 208 · UVRE XIX. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

UVRE XIX. — CHAPITRE I

peu à peu au-dessus de tous les grands et de tous les puissants de la terre; pour les ambitieux, elle avait des honneurs; pour les dévots, des dévotions; pour chacun, des charmes particuliers à ses goûts. Encore cette institution a-t-elle cela de particulier : que tant que le moindre fragment subsiste, le tout survit dans son entier, se reproduisant dans chaque maxime individuelle ; c'est le roc de saint Pierre, d'où le pêcheur jette son filet merveilleux; c'est la tunique indivisible qui, tirée au sort par les soldats, ne peut tomber en partage qu'à un seul.

7<* Et quel était dans Rome, à la tête du Sacré-Gollége, ce chef unique ? jCe n'était ni un enfant au berceau auquel on prêtait serment de fidélité, c'est-à-dire une obéissance passive à tous les égarements ,qui marqueront sa vie ; ni un jeune homme dont les folles déhanches et les extravagances trouvaient de complaisants admirateurs. On faisait choix d'un homme mûr ou d'un vieillard, presque toujours rompu aux affaires ecclésiastiques et qui connaissait parfaitement le champ qu'il allait cultiver. Ou bien il était allié aux princes de son temps, il était choisi dans une époque critique, pour résoudre une difficulté du moment. Il n'avait que peu d'«inuées à vivre, pas de postérité pour laquelle il dût travailler ; si, malgré cela, il voulait amasser des richesses, qu'était-ce en comparaison des immenses richesses du pontificat chrétien ? L'ambition de la cour de Rome allait toujours grandissant. Le vieillard expérimenté n'était élevé sur le saint-siége que pour apposer son nom à tout ce qui arrivait. Plusieurs papes ne purent supporter le fardeau ; d'autres hommes d'Etat, pleins d'audace et d'activité, politiques habiles et prudents, firent plus en quelques années qu'un gouvernemeut faible n'aurait pu faire en un demi -siècle. Nous pourrions en citer un grand nombre, tellement éminents par leurs vertus et par leur génie, qu'il est à regretter qu'ils n'aient pas

travaillé à un autre but. La mollesse et la débauche s'assirent bien plus rarement sur le siège de saint Pierre que sur la plupart des trônes séculiers : encore le plus souvent ces fautes ne sont-elles tant remarquées que parce qu'elles furent les fautes des papes.

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