‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 157 sur 208 · EFFET DE LA HIÉRARCHIE SUR LES PAPES · texte numérisé non relu

EFFET DE LA HIÉRARCHIE SUR LES PAPES

Ayant tout» il faut examiner quel bien le christianisme pouvait produire sous cette forme même et par sa nature propre. Compatissant pour les pauvres et les afOigés, il les protégea contre les fureurs des barbares : œuvre sainte à laquelle coopérèrent un grand nombre d'évôques des Gaules, de TEspagne, de la Germanie et de Tltalie. Leurs habitations et leurs temples servaient d'asile aux opprimés; ils rachetaient les esclaves, délivraient les prisonniers , s'attachaient de tout leur pouvoir à détruire l'odieux commerce d'hommes des barbares. La générosité, la douce commisération du christianisme envers la partie malheureuse de l'humanité, constituèrent toujours sa gloire la plus pure, une gloire qu'on ne peut lui ôter. Dès son origine, il travaille à l'émancipation de l'homme, comme le prouvent déjà plusieurs lois très-impolitiques des empereurs de Constantinople. Comme ses bienfaits étaient encore plus nécessaires dans l'Église d'Occident, on voit naître de toutes parts ime foule de décrets des évêques

296 PHILOSOPHIE DE L'HISTOOIE.

d'Espagne, des Gaules et d'Allemagne, môme sans le concours du pape.

On ne peut nier que, dans ces temps d'incertitudes et de troubles, les temples et les monastères étaient des sanctuaires où l'industrie, le commerce, l'agriculture, les arts et les métiers trouvaient un refuge assuré. Les ecclésiastiques établirent des foires annuelles , que l'Allemagne d'aujourd'hui appelle encore, en leur honneur, du nom de messes^ et lorsque les proclamations royales et impériales ne pouvaient en assurer la sécurité, ils instituèrent la trêve de Dieu. Les artistes et les ouvriers se reliraient dans les murs des couvents pour y trouver xm abri contre les prétentions féodales de la noblesse. Les moines, et par leurs propres bras et par ceux d'autrui, remettaient en culture les champs pour ainsi dire abandonnés. Ils confectionnaient eux-mêmes tout ce qui était nécessaire à leurs cloîtres, ou du moins fournissaient à une industrie monacale un asile retiré et paisible, une récompense modeste. C'est dans les monastères que furent sauvés les débris des écrivains de l'antiquité ; c'est par eux qu'ils furent transmis à la postérité. Enfin, à l'aide du culte divin, qui conserva la langue latine, se maintint ce faible lien qui devait contribuer à établir la relation entre les siècles suivants et la littérature et la sagesse de l'antiquité. Dans de pareils temps, il fallait que les murs des monastères pussent offrir au pèlerin protection et hospitalité, sûreté et repos. Ensuite de ces voyages, il s'établit bientôt entre les peuples des liens d'amitié ; car le bâton du pèlerin protégeait celui que l'épée eût à peine défendu. C'est ainsi que se répandirent quelques connaissances des pays étrangers, et que se formait, encore naissant et grossier, le génie des traditions, des contes, des romans et des poèmçs.

Tout cela est vrai et ne peut être contesté ; mais comme la plupart de ces résultats e seraient produits sans

Page 1