‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 158 sur 208 · UVRE XIX. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

UVRE XIX. — CHAPITRE II

révèque de Rome, voyons de quels avantages propres et distincts la souveraineté spirituelle a été la source pour TEurope.

\^ La conversicm de plusieurs nations païennes. Mais comment furent-elles converties ? Souvent par le fer et par le feu, par des tribunaux secrets, par des guerres d'extermination. Que Ton né dise pas que la responsabilité de ces excès ne remonte pas à Tévôque de Rome; il les approuva ; il en profita; il les imita tant qu'il put. De là, ce tribunal d'inquisition qui provoqua 4ant de pieux cantiques; de là, ces pieuses croisades, dont les papes, les princes, les chevaliers, les prélats, les chanoines et les prêtres se partagèrent les dépguilles. Tout ce qui ne fut pas détruit tomba dans im servage qui dure peut-être encore de nos jours. Ainsi furent assises les bases de l'Europe chrétienne; ainsi sont fondés des royaumes qui relèvent du pape; et bientôt la croix du Chriet se promena, comme un signe de mort, sur toute la surface du globe. L'Amérique est encore teinte du sang de ses habitants; et en Europe les peuples, courbés sous le joug de l'esclavage, maudissent encore ceux qui les ont convertis. Et vous, innombrables victimes de l'Inquisition, au midi de la France, en Espagne et dans d'autres contrées, vos os sont consumés, vos cendres jetées auvent; mais l'histoire stigmatise les atrocités commises contre vous, et elle reste, comme la voix du sang, le cri éternel de l'humanité outragée.

2<^ On attribue à la hiérarchie le mérite d'avoir wii tom les peuples de V Europe en une seule république chrétienne. Que signifie cela? Que les nations s'agenouillent au pied d'une seule croix et entendent une seule messe, c'est quelque chose, mais en résumé c'est pçu de chose. La dépendance dans laquelle elles se trouvaient vis-à-vis de Rome, quant aux affaires spirituelles, était loin d'être avantageuse pour elles; car le tribut qui en était la conséquence, joint à une

armée innombrable de moines, d'ecclésiastiques, de nonces et de légats, écrasait le pays. Moins que jamais, on vit alors régner la paix entre les diverses nations de l'Europe ; la faute en est en grande partie à la fausse politique que le pape lui-môme fit prédominer en Occident. Le christianisme refoula dans des limites reculées la piraterie païenne; mais les royaumes chrétiens les plus puissants se déchirent cruellement entre eux, et tous furent en proie à des troubles intérieurs, sans cesse ravivés par une soif de pillage temporel et spiritueL Cette double souveraineté, cette existence d'un État sacerdotal au sein de tous les États, empêcha tous les corps politiques de se constituer selon ses principes naturels ; on n'y songea ipème que lorsqu'on se fût soustrait à la domination du pape. L'Europe ne se constitua donc en république chrétienne que dans sa lutte contre les infidèles; encore n'y acquit-elle pas grande gloire, car c'est à peine si les croisades peuvent être des titres de gloire pour tout autre que pour le poète épique. 3» On a voulu faire im mérite à la hiérarchie d'avoir servi de contrepoids au despotisme des princes et des nobles et d'avoir contribué à élever les classes infi'riewes. Quelque fond de vérité qu'il y ait dans cette idée, on ne peut cependant l'admettre qu'avec de grandes restrictions. La constitution originale des nations germaniques était par ellemême si contraire au despotisme, que l'on pourrait presque dire que les rois l'ont appris des évêques, si tant est que l'on puisse inoculer cette maladie inhérente à la pensée humaine. En torturant le sens de l'Écriture, ou du génie de Rome ou de celui de leurs propres ordres, les évêques introduisirent dans la législation et l'éducation populaire le principe oriental ou monacal d'une soumission aveugle à la volonté des chefs. Ce furent eux qiii dégradèrent l'exercice de la souveraineté au point de la changer en ime vaine et oisive dignité, et qui, avec l'huile

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