‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 177 sur 208 · LIVRE XIX. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — CHAPITRE V

Tunirent au mysticisme transcendant de leur morale. De leur sein s'élevèrent des sectes jalouses, qui déjà firent naître une ingénieuse critique de la raison pure, et ne laissèrent aux scolasUque^ du moyen âge que le soin d'adapter des doctrines reçues aux croyances de l'Europe chrétienne. Les premiers disciple's de cette théologie métaphysique furent les juifs. Plus tard elle pénétra dans les universités chrétiennes, où Aristote s'introduisit avec elle, non dans sa forme grecque, mais sous une forme arabe. C'est par elle que furent réglées et vérifiées les spéculations, la polémique et la langue des écoles. Ainsi Mahomet l'illettré partage avec le plus savant des penseurs grecs la gloire d'avoir tracé la loi de la métaphysique des temps modernes : si la plupart des philosophes arabes étaient poêles, de même chez les chrétiens du moyen âge, on trouve une union constante et intime entre le mysticisme et la scolastique, à tel point que leurs Umites se perdent l'une dans l'autre, ♦

Les Arabes cultivèr^ent la grammaiu comme une gloire de la nation. Par orgueil pour la beauté et la pureté de leur langue, ils commentèrent si minutieusement chacun de ses mots, chacune de ses formes, que bientôt les dictionnaires- seuls auraient suffi à la charge de soixante chameaux. Dans cette étude également, les juifs furent les premiers élèves des Arabes; s'inspirant de la méthode orientale, ils composèrent pour leur langue antique et simple une grammaire qui jusque dans les derniers temps est restée en usage même parmi les chrétiens. De nos jours, c'est par l'arabe, type et guide vivant, qu'on a pu revenir au sens naturel de la poésie des Hébreux; ce qui est image a été considéré comme image, et l'on a pu renverser dans la poussière les mille idoles de l'exégèse juive.

Pour ce qui est de l'histoire, les Arabes ne furent pas

aussi heureux que les Grecs et les Romains; la forme républicaine et Thabitude de discuter les actes et les événements publics leur manquaient et les plaçaient dans ime véritable position d'infériorité. Ils ne pouvaient produire que des chroniques sèches et arides ; ou s'ils abordent la biographie particulière, ils ne savent le plus souvent que faire l'éloge poétique de leur héros et l'injuste critique de ses ennemis. Le style égal et tempéré de la narration historique ne s'est jamais développé chez eux. Leurs histoires ne sont que des poèmes ou des fragments de poèmes ; leurs chroniques, au contraire, et les descriptions géographiques des pays qu'ils ont parcourus, et qu'aujourd'hui encore nous ne connaissons pas, tels que l'intérieur de l'Afrique, présentent pour nous un puissant intérêt.

Mais où le génie des Arabes s'élève le plus haut, c'est dans les mathématiques, la chimie et la médecine, qu'ils enseignent à l'Europe après les avoir enrichies de leurs propres découvertes. Sous le règne d'Al-Mamoun déjà, ils mesurent un degré du méridien dans la plaine de Sanjar, près de Bagdad. Quant à la science astronomique, quoiqu'elle fut mêlée de superstitions, ils exécutent avec une remarquable habileté des planisphères, des tables célestes et des instruments de divers genres. L'astronomie fut appliquée à la géographie ; ils dressèrent des cartes, des aperçus statistiques de plusieurs pays, longtemps avant que les Européens eussent songé à pareil travail. Partant de là, ils déterminèrent la chronologie et utilisèrent leur connaissance du cours des astres dans l'art de la navigation ; beaucoup de termes de cet art sont empruntés à la langue arabe. Aussi le nom de ces peuples est-il inscrit parmi les étoiles en caractères plus ineffaçables qu'il n'eût pu l'être jamais sur la surface de la terre.

Innombrables sont les œuvres de leurs mathématiciens.

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