‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 18 sur 208 · LIVRE XIV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — CHAPITRE III

gerie de bètes féroces pour son cirque, un marché d'esclaves. Aujourd'hui ils sont momes et désolés,.les rivages, les plaines de cette belle contrée dont Rome détruiSit la culture intérieure. Jusqu'à la dernière ligne des écrits carthaginois a été perdue pour nous; Paul-Émile les livra au neveu de Massinissa, un ennemi de Carthage, à un autre de ses ennemis:

De quelque côté que se portent mes regards qui se détournent des ruines de Carthage, partout ils ne rencontrent que la dévastation et la mort; caries conquérants du monde ne marquent pas autrement leur passage. Si les Romains avaient en réellement l'intention d'être les libérateurs de la Grèce, lor'squ'en présence de ses peuples retombés en enfance ils affectèrent de se parer de ce beau nom aux jeux isthmiques, combien ils eussent agi différemment ! Mais quand Paul-Emile eut pillé soixante-dix villes de l'Épire, quand il eut jeté à ses soldats le prix de cent cinquante mille citoyens vendus comme esclaves, quand Metellus et Silanus eurent pillé et ravagé la Macédoine, quand Miunmius eut renversé Corinthe; Sylla, Athènes et Delphes avec une. cruauté peutr-ètre sans exemple; quand la ruine se fut étendue sur l'Archipel entier et que Rhodes, Chypre, la Crète, partageant le sort de la Grèce, furent tombées au rang de simples tributaires venant grossir les triomphes des Romains ; quand le dernier roi de Macédoine, avec ses fils, eut été forcé d'assister au triomphe de son vainqueur et de finir ses jours dans un sombre cachot, alors qu'un de ses enfants, échappé à la mort, gagnait son pain dans Rome, en faisant le métier de tourneur et d'écrivain public ; quand la dernière lueur de la liberté grecque eut été étouffée sous les ruines de la ligue étolienne et achéenne et que le pays entier fut tombé au rang de province romaine, c'est-à-dire en un champ de dévastation et de pillage ouvert aux armées des

triumvirs : 6 Grèce, quel destin que celui que te réservait ta protectrice, ton élève, la puissance tutélaire de l'univers I Que nous reste-t-il de toi ? des ruines que des barbares ont emportées en triomphe, afin que tout ce que la pensée humaine a inventé de plus beau et de plus noble, périsse un jour sous les cendres de leur propre cité.

Quittons la Grèce et dirigeons-nous vers les rivages de TAsie et de l'Afrique. Les Romains s'introduisirent bientôt dans les royaumes de TAsie-Mineure, de la Syrie, du Pont, de l'Arménie et de l'Egypte, tantôt en qualité d'héritiers ou de tuteurs, tantôt coiome arbitres ou pacificateurs; mais là ils s'enivrèrent du poison mortel qui devait ruiner leur constitution : juste récompense de leurs bons services. Personne n'ignore les exploits d'un Scipion l'Asiatique, d'un Manlius, d'un Sylla, d'un Lucullus et d'un Pqmpée, à qui on décerna le triomphe sur quinze royaumes, huit cents villes et mille forteresses : l'or et l'argent qui furent dépensés à cette fôte s'élevèrent à vingt mille talents (1 ). Il augmenta d'un tiers le revenu de l'État, d'environ douze mille talents, et la pan du butin attribuée à son armée fut si considérable, que le moindre soldat reçut, comme don à l'occasion du triomphe, plus de deux cents thalers, outre ce que le pillage lui avait rapporté. Quel voleur! Crassus suivit les mêmes traces, lui qui, dans Jérusalem seulement, s'empara de plus de dix mille talents; et, plus tard, aucun de ceux qui s'avancèrent vers l'Orient, n'en revint, quand il en revint, que chargé d'or et de vices. En échange, qu'est-ce que les Romains ont donné aux Asiatiques? Sont-ce des lois, de la paix, des institutions, des arts, des x)euples nouveaux? Ils ont ravagé tout le pays, brûlé les bibUothèques, dépouillé les villes, les temples, les autels. Jules César livre aux flammes

(1) 23,440,000 tbalers (le thaler vant 3 fr. 75 c).

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