LIVRE XIX. — CHAPITRE VI. 3é
ossements des martyrs, du bruit des cloches, des sons des orgues, des nxiages d'encens et des murmures des prières expiatoires? La hiérarchie avait écrasé sous ses foudres la liberté de penser; elle avait étouffé sous son joug tout noble enthousiasme. Aux malheureux on promit ime récompense dans Tautre monde. Moyennant un legs, Toppresseur était assuré d'obtenir son absolution à l'heure de la mort. On fit trafic du royaume de Dieu sur la terre.
Hors de l'Église romaine, alors point de salut en Europe ; car, pour ne pas parler de ces pauvres peuples opprimés qui végétaient dans la misère dans quelques coins de la terre, on ne pouvait rien attendre de l'empire grec, ni de cet unique royaume qui commençait à s'élever à l'orient de l'Europe, libre du joug du pape et de l'empereur (1). L'Occident tout entier ne pouvait donc compter que sur lui-même, ou sur ces quelques nations du Midi, filles de Mahomet, chez lesquelles brillait encore quelque lueur intellectuelle. L'Europe en vint bientôt aux prises avec elles, dans une lutte longue et acharnée qui ne se termina en Espagne qu'avec la complète émancipation du génie moderne. Quel fut le prix du combat? L'activité renaissante de l'humanité fut sans aucun doute le plus beau prix de la victoire.
(1) Ce royaume est la Russie. Depuis les premiers temps de son origine, il suivit une marche à lui propre, toute différente des Etats de TEurope occidentale. Ce n'est que plus tard qu'il entra en lutte avec eux.
PHILOSOPDIE DE l'hISTOIRE, T. IIÎ. ^