‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 193 sur 208 · LIVRE XX. - CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XX. - CHAPITRE III

40 De même que la noblesse héraldique fut maintenue en Europe uniquement par la monarchie naissante, de même il faut attribuer à de tout autres causes qu'à ces croisades insensées, la liberté des cités, la naissance des communes, et enfin Taffranchissement des serfs, dans notre partie du monde. Que dans le premier accès de fièvre tous les propriétaires et les débiteurs aient eu un délai, que les vassaux et les serfs aient été dispensés de quelques corvées, les tributaires de leurs tributs, les hommes soumis au cens de leurs corvées; ce n'est pas là ce qui établit en Europe les droits de la liberté. Depuis longtemps des villes étaient affranchies, d'autres cités plus anciennes avaient vu confirmer et étendre leurs privilèges; et si, grâce à l'activité et au commerce toujours plus grand dans ces villes, les paysans obtinrent aussi tôt ou tard la liberté; si même dans le développement de la monarchie, les tendances de ces municipalités devaient nécessairement être comprises, pourquoi cherchons-nous en Palestine ce qui nous apparaît dans une brillante image dans le cours des révolutions de l'Europe (1). Il est difficile que la stabilité du système européen repose sur une sainte folie.

5® Les croisades ne contribuèrent pas davantage à la renaissance des arts et des sciences. Les bandes indisciplinées qui marchèrent dlibord vers la Palestine n'avaient aucime idée de culture intellectuelle et ne pouvaient acquérir ce qui leur manquait, ni dans les faubourgs de Constantinople, ni dans l'Asie, ni au milieu des Turcs et des Mameloucks. Quant aui expéditions ultérieures, que Ton considère le peu de temps que les armées passèren en- Orient, la détresse dans laquelle elles se trouvaien

(i) En Suisse, où règne la plus grande liberté, on ne goûta que médiocrement les croisades.

tr4 v^aujosGPBB de lwstoiws.

pflmtaU' ee teoip» si oxirt, alors que souvent eltes ne ^ttpfWiWHwt pas les frontières du pays, et Vim leria à'évmomr La iM-illante chimère des grandes àéc(mweàes v^^fC^U^ par les croisés. L'horloge que Temperevr Fiéêéât II c^ui en présent de Mélédîn ne fit pas naître ^u BfnwçB k •sdei2ee de la gnomonique, pas plus qpe ies ]mI»s grées qia'admirènsnt les croisés à Gonstanlinople ne pearfiadjonnèreni rarchUeciure. Quelques croisés, et pariàmii^ataimxi les empereurs Frédéric I^ et II, contribnèrectt au développement du progrès; naais Frédéric I^"" jouait 4ijk <ce rôle dv^isateur avant d'avoir vu rOrii^it; quant h Frédéric n, la courte expédition qu'il j ât ne servît qa'à Minualer son ardeur à persév^er dans le mode de gouvernement qu'il avait adopté depuis longtes^. Aifti^uiL dAS ordres religieiax de chevalerie n'a jeté de lumière ^eur TSkurope et n'eut d'influence sur son développelûent^actuel.

hm avantages dus aux croisades se réduisent donc à quelques circonstances qui, concurremment avec d'autres «auffis d^ existantes, contribuèrent à leur insu au déveioppemeiit du progiès.

1*> Cette foule de riches vassaux et de chevaliers <|ai prirent ^rt «eux premières expéditions en Terre-Sainte 4Btdoot une grande partie ne revint pas^ laissèrent des êomaamts qui furent vendus ou réunis à d'autres fi^s. lues fi08«rains, TÉglise, les villes déjà établies, diacun en profita sejna fia sitaxation. Ainsi fut accéléré, mais non psnnluit le «louveinent qui tendait à affirmer la puissance rojale« par rétablissement d'Orne classe moyenne.

^ Om apprit à connaître des pays, des peuples, des wlig^bus et des institutions reconnues jusqu'alors ; l'horii^u home s'élargit ; on eut de nouvelles idées, de nouvelles passions. Alors on s'occupa de choses qu'on avait uétg^gées; on sut mieux employer celles qu'on possédait

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puis longtemps en Btgrope, et comme 3 se trouva m» le monde était plus grand qu'on n'arait cru, on sentit uaiiffie le désir de connaître les pays lointains. Les immense» conquêtes de Tchingis-Khan dans le nord et Fouest de TAsie attirèrent surtout Tattention vers la Tartarie, à Iravers laquelle voyagèrent, dans des intentions trèsdiflSrentes, le Vénitien Marco-Polo, lé Français Rubruquis et l'Italien Jean de Plano-Carpino; le premier poussé par l'ardeur du commerce, le second pour satisfiaire une curiosité royale, et le troisième pour réaliser TespérancedW pape en convertissant ces peuples. Ces voyages ne dépendaient pas nécessairement des croisades, car quelques-uns furent entrepris avant et d'autres après elles : TOrient n'a pas été connu par ces expéditions autant qu^on aurait pu le désirer, les récits des Orientaux nous sont toujours indispensables même pour le temps où la Syrie fourmillait de chrétiens.

3^ «Enfin les Européens apprirent sur ces champs sacrés de bataille à se connaître les uns les autres, quoique ce fût généralement d'une manière désavantageuse. Les rois et les princes rapportaient presque toujours dans leurs foyers, de cette connaissance plus intime, une haine mutuelle et implacable; les guerres entre l'Angleterre et la France y trouvèrent particulièrement un nouvel aliment. La pernicieuse expérience, qu'ime république chrétienne ja le droit de combattre les infidèles, légitima bientôt des guerres semblables en Europe, et porta plus tard ses fruits dans d'autres parties du monde. Toutefois, il n'est pas possible de nier que les parallèles que les monarques voisins de l'Europe purent établir entre leur force et leur faiblesse respectives, firent naître une politique plus étendue, et un nouveau système dans la paix et dans la guerre. Chacun cherchait avidemeiit les richesses, l'aisance, le luxe, l'appât du commerce, parce que les âmes grossières sont plus dis-

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posées à respecter et à envier ces produits de la civilisation. 11 était rare de voir un croisé revenu d'Orient se plier de Nouveau aux mœurs européennes. La plupart même, dans leurs imitations maladroites de TOrient qu'ils voulaient transporter dans l'Occident, tombèrent dans la mollesse .ou abandonnèrent de nouveau leurs foyers pour courir les aventures et les voyages. En .général, un événement ne peut produire un bien réel et durable que pour autant qu'il soit fondé sur la raison.

Que serait devenue l'Europe, si au moment môme où tous ses enfants combattaient en Syrie pour le Saint- Sépulcre, Tcbingis-Khan se fût tourné avec plus de forces contre l'Occident? Comme la Russie et la Pologne, les contrées que nous habitons seraient devenues la proie des Mongols et leurs peuples auraient erré le bâton du pèlerin à la main, et comme des mendiants auraient porté leurs prières au Saint-Sépulcre. Détournons donc nos regards de ces sauvages entreprises du fanatisme, pour les reporter ^vers l'Europe; nous verrons par quel concours de choses la culture civile et morale des hommes s'y forme et y progresse peu à peu.

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