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CULTURE DE LA RAISON EN EUROPE

Dans les temps les plus reculés du christianisme, ou remarque une foule de sectes dont le but était de chercher à expliquer et à modifier la religion par la philosophie orientale; elles furent opprimées et persécutées impitoyablement. Celle qui semble s'être propagé le plus est celle de Manès,»qui, de môme que l'ancienne philosophie persane de Zoroastre (Zerdust), voulait établir une institution morale et agir comme institutrice des croyants. Elle fut persécutée avec plus d'ardeur encore que les hérésies théoriques, et se réfugia en Orient, dans les montagnes du Thibet, à l'Occident, dans celles de l'Arménie ; elle réussit aussi à s'implanter çà et là dans quelques contrées européennes, mais elle y trouva le même sort qu'en Asie. Depuis longt^ps déjà, on la croyait anéantie, lorsqu'elle surgit des ténèbres les plus épaisses et comme à un signal donné, et provoqua une agitation effrayante en Italie, en Espagne, en France; dans les Pays-Bas, en Suisse, et en Allemagne. Sortie de la Bulgarie, province barbare, que

les Églises grecque et latine s'étaient longtemps disputée, c'est là que résidait son chef invisible, qui, bien difiEëreni du pape de Rom^, passait, à l'exemple du Christ, sa vie dans la pauvreté. Des missions secrètes parcouraient tous les pays, et faisaient non -seulement dans^le peuple, parmi les ouvriers et les paysans, mais encore chez les nobles , chez les riches et surtout chez les femmes, des prosélytes assez ardents pour braver les persécutions les plus atroces, la mort elle-même. Leur paisible doctrine qui n'enseignait que les vertus purement humaines, telles que l'activité, la <;hastcté, l'amour de l'ordre, qui ouvrait à tous les Mêles des chemins différents pour arriver à la perfection, était un énergique cri de réprobation contre les abominations toujours plus grandes de l'Eglise. Elle attaquait surtout les mœurs des prêtres, leurs richesses, leur ambition «t leurs débauches ; elle rejetait les doctrines et les usages superstitieux, dont elle niait la puissance magique ; au ^eu de cela, elle n'admettait qu'une simple bénédiction par l'imposition des mains, et une société de tous les membres sous leur chef, le parfait. Selon eux, la transsubstantiation, le crucifix, la messe, le purgatoire, l'intercession des saints, les privilèges du clergé ramain, n'étaient que des institutions et des fictions humaines; ils jugeaient très-librement les Saintes Écritures, surtout l'Ancien Testament, ramenaient tout à l'esprit de pauvreté, à la pureté de l'âme et du corps, à une paisible industrie, à la douceur et à la bonté; aussi les avait-on désignés dans plusieurs sectes sous le nom de bojis hommes [Qute-L^uU], Dans les sectes primitives, on ne peut méconnaître le manichéisme oriental; la lutte ^e la lumière avec les ténèbres, la matière, source de tout péehd; les maximes les plus sèvres contre les plaisirs des sens, vmlà les principes dominants de ce système qui s'aura peu 4 f^i. Ses maniché^u»» ttppelés aussi cathares (hérétiques).

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patefiûff, putâkainSy poBsagieri^ selon les circoutaikcetf lo«aIeSy qnelqfaes apôtres, et en parliculser Henri et Pieirrô de. Bruis, fondèrent dés sectes |)tos modérées^ «afin les Vaudidis enseî^niÈfFeiit et soutinrent ayêc nn grand eou— ragB loates les doctrines que le proieatantisme élabMt ■cfoci^es siècles plus tard. Les pr«aB[iières sectes «cseen»- Mea^ plutôt aux anabaptistes, aux mannonites, ans frères de Bobécoe ei à d'autres sociétés des temps modernes. Toutes se propagèrent en siknce a^ee tant de forée et avee iHM> poîssaDce si convaincante que, dans des proTinces entières, Tautorité du clergé fut réduite à néazLt,. d'autasut qull était incapable de leur résister naéme dans la diaeus'sion. B)k fleurit avec éclat surtout dans }es coistiéoB: oà Ton parlait la langue provençale ; chose alors inocde, eliles traduisirent le Nouveau-Testament dans cet idiome, norenil esttk vers provençaux leurs r^les sur lapeTfectk)nyeflfureiiU les premières sociétés qui, depuis i'^aUisseuHait d» ehristianisilke, introduisirent et formèrent le peuple datts sa laDgue maternelle (1 ).

Ce fut précisément pour cette cause qu'on les persécuta aussitôt qu'on les connut. Déjà au commencement du XI' SEÎède, on brûla au milieu de la France, à Orléans, plursieurs manichéens, et parmi eux le confesseur même <àc la reine ; ils refusèrent d'abjurer, et moururent fid^s à leur foi. La même cruauté les poursuivit dans tous les pa^s où le clergé pouvait exercer son pouvoir : en Italie et dans le midi de TAUemagne. Dans la France méridionale et dans les Pays-Bas, où Tautorité les pvot^ait comme des gens industrieux, ils vécurent longtemps* en

(i) Parmi les livres coacernaut ces sectes, doxU rfaistolre s'unic à eeU« «U rÉ^lise, je ne citerai qu'un ouvrage d^nt le mérite est trop peu apprécié : Histoire impartiale des Hérésies et de l'Église au moyen ^qe, par J.-B. Pttssli; trois volumes in-8<», dam lesquels cm trowre \t trèB-utiles documents.

paix, jusqu'à ce qu'eniiu la fureur du clergé étant a son comble, on dirigea contre eux le tribunal d'inquisition; leur protecteur, le comte Raymond de Toulouse, vpai martyr de la cause* de l'humanité, n'ayant pas voulu les abandonner, ils subirent cette terrible croisade marquée par tant de cruautés. Les dominicains, qu'on avait établis pour prêcher contre eux, furent leurs juges, et Simon de Montfort, le monstre le plus odieux que la terre connût alors, fut le chef de la croisade. De ce coin de la France, où de pauvres novateurs étaient restés cachés pendant deux longs siècles, ce tribunal de sang s'étendit en France, en Espagne, en Italie et dans la plupart des pays catholiques ; de là vient la confusion des sectes les plus difiérentes pendant le moyen âge ; parce que toutes excitaient au même degré lesprit de persécution du clergé; delà aussi leur persévérance et leurs silencieux progrès, de sorte qu'après* un espace de trois à quatre siècles, la réforme protestante trouva encore dans tous les pays des semences qu'elle n'eut besoin que de vivifier pour leur voir jeter des germes. Wickleff, en Angleterre, eut la même influence sur les LoUards que Jean Huss sur ses Bohémiens; depuis longtemps les sectes religieuses se multipliaient dans la Bohème dont la langue était celle de la Bulgarie. Le germe une fois enraciné de la vérité, du mépris de la superstition, de la haine du culte adressé aux hommes, de l'insolence et du matérialisiae du clergé, ce germe ne pouvait plus être détruit ; les franciscains et les autres moines qui devaient anéantir ou contrebalancer ces sectes en imitant la pauvreté de Jésus-Christ, loin d'atteindre ce but, devinrent un nouveau sujet d'indignation pour le peuple. Ainsi, les causes les moins hostiles, la simplicité et la bonté du* cœur, amenèrent la chute de la tyrannie la plus absolue, la hiérarchie romaine; avec leurs préjugés et leurs erreurs, ces simples bons hommes

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