‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 195 sur 208 · LIVRE XX. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — CHAPITRE IV

s^exprimèrent sur plusieurs sujets avec plus de liberté et de hardiesse que la plupart des réformateurs qui les suivirent.

Ce que faisait, d'un côté, la saine raison humaine, de Tautre côté, lesprit de spéculation le tentait d'une manière plu[$ lente et moins sensible, mais avec autant d'efficacité. Dans les écoles des monastères on apprenait à manier la dialectique d'Augustin et d'Aristote, et Ton s'habituait à cette science comme à des tournois ou à des joutes ; il serait injuste de blâmer cette liberté de discussion, comme étant un inutile amusement du moyen âge; car môme alors cette liberté avait un prix- inestimable. En discutant on pouvait mettre mainte chose en doute, voir le pour et le contre des différentes questions sur lesquelles on ne pouvait encore émettre de solutions positives et pratiques , le temps n'en étant pas encore arrivé. La réforme ne commença-t-elle pas par cela môme qu'on s'abritait derrière les lois de la discussion et qu'on en invoquait la liberté ? Lorsque les écoles des monastères se changèrent en universités favorisées d8 privilèges par les papes et les empereurs, un vaste horizon s'ouvrit à l'esprit humain; les champions de la parole purent rivaliser dans cette arène de présence d'esprit, d'adresse et de finesse. Il n'est pas un seul article de théologie, \m seul problème de métaphysique, qui n'ait donné lieu aux questions, aux controverses, aux distinctions les plus subtiles, et dont le fil n'ait été déUcatement débrouillé par le temps. Cette trame légère avait par sa nature môme moins de consistance que ce grossier échafaudage de traditions positives auxquelles on croyait aveuglément; la raison humaine l'ayant tissée pouvait la déchirer et la détruire à son gré. Grâces soient donc rendues à cet esprit de controverse du moyen âge et à tous les souverains qui préparèrent alors-une œuvre aux châtelains spirituels. Quoique plusieurs docteurs, soit en-

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vie. Mit à cause de leur imprévoyanee, fiiSBent perfléentés ei que la sépulture en terre sainte fût refusée à leora corpS) la science n'en progressa pas moins, et dév^cppa au plus haut degré Tesprit de raisonnement de TEurope.

Pendant que le midi de la France serrait de théâtre aux cSort» naissants de la r^igion populaire, la partie septaotrioBflle, mais surtout la célèbre école de Paris, servait d'arène à la spéculatûm et à la scdoitique. Là Técurent Pasdiase et Ratranmie ; Scot Erîgène avait habité la France et il avait été reçu avee faveur; Lanfrane, Bérenger, An* sefanev Abélard, Pierre Lombard, Thomas d'Aquin, Boiiaventure, Occam et Duns Scott, astres lumineux de la philosc^doe scolastique passèrent en France ou toute teurvie^ ou au moins leurs plus belles années; de tous les pajs on se remiait en foule à Paris pour y apprendre la plus haute sagesse de cette époque. Quiccmque s'y était illustré obtenait des places honorifiques dans TÉtat et dans FË^ise: car la scc^astique était si peu exclue de la politique, que cet Occam, qui défendit Philippe le Bel et Louis dB Baviève contre le pape, put dire à Tempereur*: a Aide-moi de iim épée, je t'aiderai de ma plume. » Si la langue française a atteint avant les autres une grande précision philosophique, elle le doit en grande partie aux longues et subtiles discussions dont sa patrie fut le théâtre; proche parente de la langue latine, elle se plia fadlement à Vexpression des idées abstraites.

La traduction des œuvres d'Aristote contribua plus que toute autre cause au succès de la scdabtique ; ce qui le prouve, c'est f autorité que ce sage Grec a su coaiserver pendant un demi-siècle dans les écoles de FËurope; seulen^nt, il ne faut pas chercher dans les croisades la cause de cet ardent enthousiasme, mais bien dans les tendances et dans le caractère du siècle. Ce qui 'porta tout d'abord les Européens vers les sciences arabes, ce fut Tespoir d\v

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